C’est mon histoire : je ne veux pas d’enfants

Un choix difficile

C’est mon histoire : je ne veux pas d’enfants
Gretha
Écrit par Gretha
Publié le 18 octobre 2017 à 13h09

Un choix difficile

Á 28 ans, Sarah a enfin mis des mots sur ce qu’elle a toujours su : elle ne voulait pas d’enfants. Au risque de perdre son fiancé et d’être qualifiée de folle par son entourage, elle a décidé d’assumer ce choix pas comme les autres.

Je suis issue d’une grande famille musulmane. Mon père était polygame. Il a eu au total 15 enfants avec ses 4 femmes. Ma mère est la 2ème. Maman a bien travaillé parce qu’à elle seule, elle a eu 5 enfants. Je suis l’aînée de cette joyeuse fratrie. Après moi, sont venus 4 garçons. Qui dit ainée dit responsabilités, et en tant que fille unique je n’ai pas eu de répit. Mes petit-frères m’appelaient et continuent de m’appeler « petite maman ». Couches, biberons, éducation, surveillance, préparation des repas, sommeil, devoirs de maison et j’en passe, j’ai tout fait sans me plaindre. Il était dans la norme des choses que j’aide ma mère.

Pendant que les filles du quartier s’amusaient à jouer avec des poupons, moi je préférais courir, sauter, faire du vélo, chahuter. Quand j’arrivais à m’échapper de la maison, ce n’était certainement pas pour reproduire ce que j’y faisais déjà. L’univers des bébés, je connaissais et je n’arrivais pas à comprendre que l’on veuille jouer à être une maman. Je ne voyais rien de bien amusant dans cette affaire. Dans les moments de jeu, j’étais à la tête de la bande, mais je n’étais plus leur maman. Une maman ça ne vous met pas une raclée au foot.

« J’étais libre de mes mouvements et surtout personne n’attendait quoi que ce soit de moi. Je me sentais vivre pour la première fois et j’aimais cette sensation.»

Un sentiment de liberté

Pour mes études supérieures, j’ai été orientée dans la branche de mon choix à l’INPHB de Yamoussoukro. L’éloignement d’avec ma famille m’a fait découvrir une autre facette de la vie : la liberté. Je me levais à pas d’heure, les jours où je décidais de me lever. Je ne révisais que mes cours. J’étais libre de mes mouvements et surtout personne n’attendait quoi que ce soit de moi. Je me sentais vivre pour la première fois et j’aimais cette sensation.

C’est à l’université que j’ai rencontré Malick au hasard de rencontres sportives. J’étais inscrite dans le club de volleyball. Il faisait partie de l’équipe masculine. 6 ans plus tard, cela été une évidence quand il a demandé ma main. Malick était mon autre, ma moitié. J’étais alors la plus heureuse des femmes. Nous partagions nos rêves et nous nous soutenions mutuellement dans nos entreprises. J’avais décidé de me consacrer à ma vocation qui est l’enseignement et lui entamait une carrière prometteuse d’auditeur dans un des big four.

Zéro capital maternité

La première fois qu’il a évoqué notre vie future de parents, je n’ai éprouvé aucun enthousiasme. Je l’écoutais sans mot dire. Les fois suivantes, ce n’était pas mieux. J’étais prise de panique, de peur. Toute seule, j’ai essayé de me projeter maman, peine perdue. Mon esprit ne le concevait pas. J’ai hésité avant de le lui avouer. Peut-être aurais-je changé d’avis dans 2 ou 3  ans ? Je n’allais pas risquer l’amour de ma vie pour un sentiment passager. J’ai attendu en silence que « ça » passe. Les jours qui passaient n’ont fait que me conforter dans ma position : si jamais j’avais eu un capital maternité, je l’avais épuisé.

« C’était son rêve d’avoir une famille nombreuse et malgré l’amour que je lui portais, je ne pouvais me sacrifier. »

L'annonce

J’ai attendu le bon moment pour lui dire. Je n’ai jamais pu prononcer ces mots. Je lui ai finalement laissé une lettre. C’était son rêve d’avoir une famille nombreuse et malgré l’amour que je lui portais, je ne pouvais me sacrifier. Je ne pouvais non plus exiger de lui un tel sacrifice. La discussion qui a suivi a été déchirante. Il a tenté de ma faire changer d’avis mais je savais que j’aurais fini pas faire encore plus de mal que maintenant. Nous nous sommes séparés. J’ai encore énormément mal en y repensant. Mais une partie de moi ne perd pas espoir de trouver la personne qui partagera cette même vision de la vie.

Un choix assumé

Personne dans mon entourage ne m’a d’ailleurs comprise et les questions ont fusé. Au début, j’ai tenté d’expliquer. Non, je ne suis pas stérile. Non, je ne suis pas en passe de devenir une vieille aigrie. Non, je ne déteste pas les enfants et mes amies savent qu’elles peuvent compter sur moi pour des heures de baby-sitting. Oui, je compte bien gâter les enfants autour de moi : neveux, nièces, filleules, voisins. Non, je ne suis pas égoïste. J’ai arrêté de me justifier parce que j’ai compris que ma décision gênait. Le bon Dieu m’en a donné 4 depuis bien longtemps, je ne désire pas d’autres enfants.

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