C’est mon histoire : j’aime secrètement les femmes

Elle et Elle.

C’est mon histoire : j’aime secrètement les femmes
Écrit par ELLE.CI
Publié le 29 mars 2018 à 13h31

Elle et Elle.

Je suis la benjamine d’une fratrie de 4 enfants. Donc comme tous les derniers, j’ai été gâtée. En même temps, j’étais un miracle. Ma mère avait 60 ans quand je suis née. Elle n’en revenait pas. Personne n’en revenait d’ailleurs. Maman et Papa des gens très âgés. Heureusement pour eux, mes trois grandes sœurs avaient bien été formées. Elles se sont donc chargées de m’apprendre ce qu’elles avaient elles-mêmes reçu. Mais, l’écart d’âge était tel que je me suis retrouvée avec cinq mamans. Heureusement, elles ne vivaient plus à la maison. Puis maman est partie et je suis restée avec Papa.

« Je ne dirais pas que je me suis auto-faite mais disons que mes plus grandes influences sont celles que j’ai moi-même choisi. »

Il aurait pu me laisser vivre chez Michelle. Michelle c’est l’ainée. Mais il a refusé. Il avait sa fierté : son enfant, son problème. Ce sont des choses que je n’ai appris que plus tard. Je ne lui en ai pas voulu. Il suivait ses principes. Dommage qu’il ait été aveuglé par eux. Papa était là sans être là. L’âge l’avait rattrapé malgré sa bonne volonté. Il n’y pouvait rien le pauvre. Je ne dirais pas que je me suis auto-faite mais, disons que mes plus grandes influences sont celles que j’ai moi-même choisi. Avec le recul, je peux dire que j’ai manqué d’affection et je le dis avec tout l’amour que j’ai pour lui.

J’ai grandi avec du silence en moi. Ma première libération a été l’école. Tous ces enfants de mon âge, tout cet amour à partager. J’aimais l’école. Il n’y a rien qui me tiraillait plus que les départs en vacances scolaires. Au primaire, j’avais plus de liberté et papa me laissait visiter mes amies de classe qui habitaient près de notre maison. J’ai rapidement intégré un groupe de filles. Nous étions cinq, nous nous retrouvions pour jouer chez Jackie. Nous nous sommes fait la promesse de rester ensemble. 25 ans plus tard, nous nous voyons toujours. D’ailleurs, je suis allée au collège avec deux d’entre elles.

« Annick me troublait plus que les autres. »

Premiers émois

J’ai été admise dans un collège près de la maison. J’y ai rencontré Annick. Annick me troublait plus que les autres. Je faisais tout pour me faire remarquer d’elle. Je faisais tout et surtout n’importe quoi : le pitre pendant les cours, le clown pendant la récré, la tête brûlée à la cantine. Il fallait absolument qu’elle me remarque. Ça a fonctionné mais pas comme je voulais : un jour elle dit haut et fort que j’étais bizarre et qu’elle ne m’aimait pas. J’ai eu mal au point de simuler toute sorte de choses pour ne pas retourner à l’école. Papa n’a pas été dupe ce coup là. J’y suis donc retournée la mort dans l’âme.

Les faux-semblants

Après, Annick. Il y a eu Stéphanie, Bérénice, Nat’… Pendant que mes amies s’enthousiasmaient pour les garçons, de mon côté j’enchainais les coups de cœur sur les filles. Je n’ai jamais rien dit à qui ce soit. J’avais trop peur d’être jugée. D’ailleurs, j’ai toujours peur. J’entends les commentaires autour de moi sur celles qui sont comme moi. Je n’ai pas envie d’être la prochaine. Alors je n’ai rien dit. Une fois de plus, après n’avoir rien dit lors d’une énième conversation sur « qui est le gars le plus sexy du lycée », j’ai été interpellé : « toi les garçons ne t’intéressent pas ou quoi ? Ton truc c’est les filles ? Tu ne dis jamais rien !  ». Je me suis alors mis à inventer des amourettes avec des garçons imaginaires. J’en ai même fréquenté quelques uns.

« C’était tout ce que je voulais, tout ce que j’attendais. Enfin, on m’aimait pour ce que j’étais. »

Pour toutes ces femmes qui m’avaient attirée, jamais je n’avais fait de pas. Depuis Annick, je me suis contentée de les admirer de loin. C’était comme ça jusqu’à ce que je rencontre Nina à l’université. J’ai dû laisser mon regard trop longtemps sur elle, parce qu’elle est venue me parler en me demandant si je lui faisais penser à quelqu’un. J’ai répondu non. Elle s’est quand même assise à côté de moi. A partir de là, nous avons été inséparables. J’ai parfois eu l’impression qu’elle en voulait plus. Une impression qui a été confirmée lorsqu’elle m’a embrassé pendant que nous révisions nos cours. C’était tout ce que je voulais, tout ce que j’attendais. Enfin, on m’aimait pour ce que j’étais.

« Grâce à elle aussi, je sais que je ne l’assumerais jamais au grand jour. »

Vivre cachée

Elle a été ma première et dernière histoire d’amour. Grace à elle, je sais que j’aime les femmes. Mais grâce à elle aussi, je sais que je ne l’assumerais jamais au grand jour. Ça a d’ailleurs été la cause de notre séparation. Elle s’assumait ouvertement et se voyait comme une sorte pionnière de la cause LGBT ici. Je n’en ai ni l’envie, ni le temps. Je me suis imaginée l’annoncer à ma famille, à mes amis, et je ne voyais que de la déception dans leur regard. J’ai eu 30 ans et bientôt les questions vont fuser. Je me suis désormais habituée à l’idée de passer ma vie avec un homme pour lequel je n’aurais pas de réels sentiments mais ça vaut mieux que la honte. D’autres l’ont fait avant moi, j’y arriverais.

LIRE AUSSI >> C’est mon histoire : j’ai été trahie par mon premier amour

 

 

 

Plus d'articles : Société