C’est mon histoire : j’ai fait la paix avec mon corps

Libérée, délivrée.

C’est mon histoire : j’ai fait la paix avec mon corps
Écrit par ELLE.CI
Publié le 19 décembre 2017 à 14h56

Libérée, délivrée.

A 19 ans, Evelyne s’accepte enfin telle qu’elle est. Elle qui est ronde et le sera certainement pour le reste de sa vie, ne se cache plus derrière des vêtements informes et des couleurs tristes. Elle nous raconte sa révolution. 

« Les pires remarques venaient non pas des garçons comme on aurait pu l’imaginer mais des filles. »

Ennuis au collège

C’est avec l’adolescence que mes soucis ont commencé, j’étais inscrite dans un collège mixte et vous savez que si les enfants sont connus pour être cruels entre eux, c’est pire chez les adolescents. Les pires remarques venaient non pas des garçons comme on aurait pu l’imaginer mais des filles. Comme si les moqueries ne suffisaient pas : vache, sumo et j’en passe, j’étais victime de brimades. La fille la plus populaire de ma classe ne m’avait pas à la bonne et puisque mes parents avaient eu la bonne idée de nous inscrire dans des établissements scolaires différents, je ne pouvais pas compter sur mes grands-frères.

« J’aurais dû appeler au secours. »

Mauvais choix

Je n’ai jamais expliqué à la maison ce que j’endurais au collège. Je ne voulais pas faire de la peine à mes parents surtout qu’ils connaissaient eux-mêmes une phase compliquée. La maison n’était plus aussi joyeuse qu’auparavant. Mon père rentrait de moins en moins souvent jusqu’à totalement disparaître de nos vies. Comparée au désespoir de ma mère qui perdait l’homme de sa vie, à la douleur de mon grand-frère qui avait trouvé refuge dans l’alcool, dans mon esprit mes petits problèmes ne faisaient pas le poids. J’ai gardé le silence. Cela avait été une grande erreur, je le réalise après coup. J’aurais dû appeler au secours.

« A ce moment, pour ne pas me sentir comme une moins que rien, j’ai cherché partout une validation de ma personne et surtout dans les plus mauvais endroits. »

Je passe rapidement sur le lycée. Il n y a pas eu d’amélioration. Si la peste en chef n’était plus là, les autres avaient malheureusement pris le pli et j’étais devenu la grosse de service. Celle dont on se paye la tête, sur qui on parie, etc. A ce moment, pour ne pas me sentir comme une moins que rien, j’ai cherché partout une validation de ma personne et surtout dans les plus mauvais endroits. J’avais 16 ans. Comment aurais-je pu comprendre que l’acceptation ne pouvait venir que de l’intérieur ? J’ai donné tout ce que j’avais à ceux qui me montraient un peu d’intérêt. Je leur ai donné tout ce qu’ils voulaient.  J’assimilais leur intérêt à de l’amour et j’avais besoin de ces miettes d’attention.

Passer inaperçue

C’était un cercle vicieux. Critiquée et humiliée pour mon poids, c’est dans la nourriture que j’avais trouvé refuge. Je m’arrangeais à manger partout et tout le temps, mais surtout à l’insu de tous. J’avais développé des techniques pour me cacher parce que je n’aimais plus celle que je devenais : porter du noir, porter des vêtements amples, ne pas mettre de maquillage. J’étais la reine du « se fondre dans le décor ». A l’université, je restais en retrait et quand des plus courageux tentaient la discussion, je les rembarrais. Les gens posaient moins de questions après ça.

« Nous devions avoir le même poids mais elle portait ses kilos avec tellement d’assurance et de panache. »

Je n’aimais pas devoir aller au cours. J’avais choisi une filière très prisée afin d’échapper à la présence obligatoire, mais il y avait ce professeur atypique pour qui la présence comptait. Chaque mercredi, bien obligée je m’y rendais. Un jour dans mon amphi, une fille a pris la parole. Prendre la parole c’est se lever, marcher jusqu’au pupitre et s’exprimer au micro. Cette fille, jamais je ne l’oublierais. Elle rayonnait. J’étais jalouse. Nous devions avoir le même poids mais elle portait ses kilos avec tellement d’assurance et de panache. Puis, elle a parlé. Elle était éloquente. J’étais obligée d’avouer que je l’admirais. Une partie de la salle a applaudi après son intervention. Elle représentait tout ce que je voulais être sans y arriver.

« Fini de me cacher. »

La libération

Destin, chance, karma, appelez-ça comme vous voulez, nous nous sommes retrouvées dans le même groupe de travaux pratiques. Elle est venue spontanément vers moi et m’a tendu la main « Salut, je suis Laetitia, la place à côté de toi est libre ? ». Après ce jour, nous nous sommes souvent revues et elle m’a entrainée dans son tourbillon fait de cours d’acceptation, de sport, de participation à des groupes de paroles, de bénévolat. Laetitia m’a ramenée à la vie. Elle est la première personne à qui je me suis ouverte et après ça a été mieux. Un an plus tard, en relâchant la pression et en tournant la page sur ces histoires du passé, je me suis retrouvée. Non, je n’ai pas perdu de poids. Mais maintenant, vous me verrez à la piscine, en cours de danse, sur le dance-floor, avec de la couleur, des imprimés, du moulant, … Fini de me cacher.

 

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