C’est mon histoire : j’ai eu un enfant alors que j’avais abandonné

Quand on ne s'y attend plus.

C’est mon histoire : j’ai eu un enfant alors que j’avais abandonné
Écrit par ELLE.CI
Publié le 05 Décembre 2017 à 13h19

Quand on ne s'y attend plus.

Quand Marcelle et Yannick se sont mariés, ils ont décidé d’attendre avant d’être parents. Ils étaient encore jeunes et entendaient profiter de leur mariage. Mais 4 ans plus tard, enfin prêts, ils se sont trouvés confrontés à des difficultés.

Rencontrer Yannick a été la plus belle chose qui me soit arrivée. Il est l’âme sœur que j’ai choisie. Mais vu nos âges respectifs : 21 ans et 22 ans, il avait été naturel pour nous d’attendre encore un peu avant de fonder une famille. J’étais pleinement d’accord. Mariée peut être mais je venais de finir l’université et je me cherchais encore professionnellement. Lui travaillait dans la boîte de son papa et il en était encore à apprendre les ficelles du métier. Le moment n’était pas le bon. Nous nous sommes donc donnés du temps pour construire notre couple avant de nous lancer dans l’aventure de la parentalité.

« J’ai donc arrêté la pilule et je suivais tous les conseils que je trouvais afin d’augmenter ma fertilité : livre, internet, mamans. »

Prêts à nous agrandir

4 ans plus tard, j’avais réussi à monter et maintenir le cap avec mon entreprise de décoration intérieure. J’étais très fière de ma réussite d’autant plus que je me suis lancée à mon propre compte dans un secteur très compétitif. J’avais bataillé, toujours soutenue par mon époux et maintenant que je m’étais fait une réputation dans le milieu, je pouvais prendre du temps pour moi. Yannick de son côté était également prêt. J’ai donc arrêté la pilule. Je me suis inscrite à tous les groupes traitant du sujet. Je suivais tous les conseils que je trouvais : livre, internet, nos mamans.

« J’avais un  problème aux trompes qui rendrait la conception plus difficile que pour d’autres. »

Essais non concluants

Au bout de 3 mois, nos essais s’avéraient non concluants. Pourtant toutes mes amies qui s’y étaient mises avaient réussies au bout d’un mois en moyenne. J’ai commencé à m’inquiéter et je suis allée consulter un docteur sans prévenir qui que ce soit. Je voulais dans un premier temps encaisser l’éventuel problème avant de devoir l’annoncer. Toutes les histoires qui circulaient sur Facebook n’étaient pas du genre à me rassurer non plus et dans notre société la maternité est presque tout. Le médecin n’y était pas allé par 4 chemins: j’avais un problème aux trompes qui rendrait la conception plus difficile que pour d’autres. Il avait poursuivi en expliquant ce qu’il fallait faire mais déjà je ne l’entendais plus. Pourquoi moi ? 

L’aveu

J’ai hésité avant de le dire à Yannick. « Hésité » est un euphémisme, j’ai mis un mois entier à ruminer et à réfléchir. Il était tellement enchanté à l’idée d’être père. Je ne trouvais pas la force de le lui annoncer. Je suis allée le chercher à la descente de son travail un mercredi. Je m’étais faite belle. Il était surpris mais heureux. J’avais pensé attendre au moins le dessert mais je n’ai pas pu tenir. A peine étions-nous installés que je le lui annonçais. J’ai vu Yannick pleurer pour la seconde fois. La première fois ça avait été au décès de sa grand-mère. Ils étaient très proches. J’avais compris qu’il était touché. Le diner a été silencieux. Il a tenu ma main tout le long du repas mais il n’a pas été capable de prononcer un seul mot.

« J’ai entamé les traitements et c’était très difficile. C’était épuisant aussi bien physiquement que moralement. »

Après ce repas, nous avons décidé de mettre nos familles au courant. L’épreuve pouvait s’avérer longue et il ne fallait pas que je sois blessée par des remarques maladroites de leur part. Yannick a tout le temps été à mes côtés et solidaire de ma situation. Personne n’a su lequel de nous deux avait un problème. J’ai entamé les traitements et c’était très difficile. C’était épuisant aussi bien physiquement que moralement. Deux ans plus tard, nous en étions toujours au même point. Rien. Rien. J’étais incapable de donner un enfant à mon mari. J’en souffrais terriblement. Je broyais du noir sans en voir le bout.

« Cette séance m’a fait le plus grand bien parce qu’en parlant j’ai réalisé que l’obsession pour un enfant me faisait oublier tout ce que j’avais déjà. »

Mon réveil

Par contre, Yannick était toujours le même. Il n’a jamais changé. Il ne m’a jamais rien reproché. Moi, je me suis détestée et je ne comptais plus les fois où j’étais partie avec pour intention de disparaitre et lui permettre de refaire sa vie. Je me sentais inutile et ne tirait plus de joie de rien. Je passais par des épisodes dépressifs sévères et ma mère m’a orienté vers un psychologue : « il faut que tu t’ouvres ». J’y suis allée en trainant les pieds. Pourtant, j’ai tout sorti. J’ai été franche face à cette inconnue. Elle aussi a été franche. Une franchise qui m’a permis de constater que je n’étais pas seule. L’obsession pour un enfant m’avait fait oublier tout ce que j’avais : Yannick, ma famille, une bonne santé, des amis, un travail épanouissant.

« Nous sommes les heureux parents épuisés depuis 2 ans d’un petit garçon qui ne manque pas d’imagination pour faire des bêtises et nous sommes les plus heureux. »

Et puis, un jour…

Le samedi qui a suivi fût jour de fête. C’était un 2 décembre : notre nouveau départ. Ça avait été un moment rempli de joie. Je n’aurai peut-être jamais d’enfants mais j’avais déjà tellement. J’étais heureuse. D’autres n’avaient pas ma chance. Yannick avait remarqué mon changement et était ravi. Pour nous rapprocher davantage, j’ai organisé un week-end surprise à Assinie dans une station où nous avions nos habitudes. Nous avons reconnecté et avons laissé Dieu décider du reste. Ça n’a pas loupé. Sans plus de traitement ni de changement d’habitude, 6 mois plus tard, j’étais enceinte. Mon petit miracle. Nous sommes désormais les heureux parents épuisés d’un petit garçon de 2 ans qui ne manque pas d’imagination pour faire des bêtises. 

 

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