C’est mon histoire : de femme de ménage à comptable

Ne pas se décourager.

C’est mon histoire : de femme de ménage à comptable
Écrit par ELLE.CI
Publié le 09 novembre 2018 à 13h04

Ne pas se décourager.

Les histoires malheureuses se ressemblent toutes un peu vous ne trouvez pas ? La mienne ne vous surprendra donc pas. Mes parents sont morts et c’est à partir de cet instant que toute ma vie a vacillé. J’étais fille unique et chérie de deux parents aussi amoureux qu’au premier jour. Nous n’étions ni riches, ni pauvres. Papa possédait une voiture verte ancienne et maman dirigeait d’une main de fer son commerce de pagnes. Maman est morte en couches en donnant naissance à une autre fillette qui n’a pas fait elle-même deux jours. Le chagrin a emporté mon père peu de temps après. J’ai été recueillie par la petite sœur de maman.

Recueillie par une tante

J’allais au collège mais je n’ai jamais eu le BAC. Je m'étais arrêtée en classe première. Ma tante n’était pas aussi stable que mes parents. Elle faisait de son mieux mais à part le toit qu’elle m’offrait, elle ne pouvait rien faire plus. Il lui arrivait de disparaître quelques jours me laissant seule dans son studio de la Riviera 2. Je n’ai jamais vraiment compris si elle travaillait et je ne lui ai pas demandé. Chaque soir, je remerciais Dieu de me donner un toit et puis c’est tout. Pour manger et le reste, il fallait que je me débrouille.

Premiers boulots

J’ai commencé comme vendeuse mais ce n’était pas vraiment pour moi. Je travaillais pour une de nos voisines. Je me levais tôt pour l’aider à faire les gâteaux et toute la journée je me tuais à les vendre en me promenant partout sous le soleil. Mais, elle trouvait toujours que je ne faisais pas assez d’efforts. Elle aurait dû plutôt revoir sa recette qui n’était franchement pas la meilleure. Elle coupait donc des petits montants dans le maigre salaire qu’elle me donnait. J’ai alors vu une annonce d’emploi pour intégrer une structure de placement de technicienne de surface. J’ai appelé. Je n’en pouvais plus des histoires interminables de la voisine.

« En faisant mon ménage, seule dans les bureaux, il m’arrivait de bouquiner leurs ouvrages. »

J’ai intégré l’équipe le soir même et dès le lendemain, j’étais affectée dans un cabinet comptable. J’avais des journées de 6 heures mais qui commençaient tôt. Je devais être à mon poste à 5 heures du matin pour arranger le bordel laissé la veille : balayé, nettoyé, brossé, dépoussiéré, …En faisant mon ménage, seule dans les bureaux, il m’arrivait de bouquiner leurs ouvrages. Un jour, je me suis surprise à penser « pourquoi pas moi ? ». Cela a été un déclic. Je n’étais pas mauvaise à l’école et si je me donnais à fond peut-être que moi aussi ?

C’est décidé je passe le BAC

Nous étions en juillet quand j’ai commencé à songer sérieusement à passer le BAC l’année qui suivrait. Je n’ai pas pour autant lâcher mon boulot de nettoyeuse. J’avais toujours besoin d’argent. J’ai annoncé mon projet aux gens du cabinet où je travaillais et tout le monde m’a encouragé. 3 mois avant le BAC, j’ai dû arrêter de travailler pour me concentrer véritablement. C’était plus difficile que prévu de se remettre dans le bain des études et je pensais aussi à l’après. Pourquoi je faisais tout ça ? Qu’est-ce que je voulais prouver ?

Youpi

La veille des premières épreuves, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je ne suis pas allée au fameux « candidat approchez ». J’avais tout aussi peur de voir mon nom que de ne pas voir mon nom. Je suis allée prendre mes résultats le lendemain. J’avais eu mon BAC avec une mention assez-bien. J’étais heureuse ! C’était un peu la première fois depuis la mort de mes parents. Quand je l’ai annoncé à ma tante. Avec son air de rien à cirer de la vie des autres, elle m’a dit qu’elle le savait depuis hier parce qu’elle était allée dans mon centre. Ce soir-là, ce fût poulet braisé pour tout le monde ! J’ai dû démissionner de mon emploi de femme de ménage parce que j’avais décidé de poursuivre mes études. Je n’allais pas m’arrêter là.

« Revenir dans ces locaux mais avec une autre casquette frôlait la magie. »

A 21 ans, je comprenais qu’il n’était pas trop tard pour rêver à nouveau. Déjà au fait de la réalité du métier de comptable, je me suis inscrite en BTS de comptabilité que j’ai eu haut la main. J’ai demandé à faire le stage de validation de mon BTS au sein du cabinet qui m’employait à l’époque sans vraiment y croire et ils ont dit oui !!! Mon premier jour de stage a été incroyable. Revenir dans ces locaux mais avec une autre casquette frôlait la magie. Je me sentais comme Cendrillon avant minuit bien sûr. Je n’arrivais pas à croire que c’était réel.

Une licence plus tard

Discuter de comptabilité avec ceux dont j’avais lavé les tasses mi envieuse mi honteuse. Je ne remercierai jamais assez le ciel pour cette incroyable seconde chance. C’est encore dingue dans ma tête. Et ça ne s’est pas arrêté là. J’ai eu ma licence l’année qui a suivi et depuis je fais partie des comptables. Je ne comprends pas tout ce qui s’est passé. Je suis seulement reconnaissante à Dieu de tout et j’aimerai dire qu’il y a toujours de l’espoir.

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