C'est mon histoire : Ma mère est la mère de ma fille

Une famille compliquée

C'est mon histoire : Ma mère est la mère de ma fille

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Mouasso Angui
Écrit par Mouasso Angui
Publié le 29 avril 2017 à 08h00

Une famille compliquée

Ana est une fille de bonne famille surprotégée par ses parents, elle s’est toujours tenue à carreaux. Mais la jeune fille grandit et l’heure est venue pour elle de quitter le nid pour aller poursuivre ses études supérieures aux États-Unis. Sauf que sur place Ana, découvre une autre vie qu’elle ignorait totalement. Entre tentations et fascination, la vie d’Ana bascule.

Drôle de famille

J’étais l’aînée d’une famille de quatre d’enfants dans laquelle la discipline régnait plus que l’amour. Il ne fallait pas leur faire honte. Je parle bien évidemment de mes parents qui tenaient à leur image plus que tout. Jusqu’à présent, je ne comprends toujours pas cette obsession. Nous avions été formatés, mes frères et moi, dans ce culte d’une image “lisse” et irréprochable. Nous devions manger pour être en corpulents afin que les gens ne s’imaginent pas que nous manquions de nourriture et cela était valable pour nos résultats scolaires et notre style vestimentaire. Nous faisions tout en fonction des autres. Pratiquants, la religion chrétienne était le parfait prétexte trouvé par mes parents pour nous mettre au pas. « Dieu n’aime pas ça ». Cette phrase nous l’entendions à longueur de journée. Dieu, je ne l’aimais, il me terrorisait bien plus que mon père et sa mine sévère. Rien ne comptait plus pour lui que les études. C’est la seule chose pour laquelle il pouvait se ruiner et c’était quasiment notre seul sujet d’échange. Réussir sa scolarité était la clé pour réussir sa vie. Le fils de planteur qu’il est, pouvait aujourd’hui offrir à sa famille une villa parce qu’il avait réussi ses études. Pour lui, réussite rimait avec études. Et parlons de cette maison, c’était une vraie prison qui fascinait le nombre restreint de nos amis qui y avaient accès. Ils étaient pour la plupart, les enfants des prestigieux collègues ou ceux des responsables importants de l’église que nous fréquentions. Contrairement à mes autres camarades de classe, j’adorais l’école. C’était le seul endroit où j’échappais un tant soit peu au regard menaçant de ma mère. Elle n’était pas mieux que mon père, je crois même qu’elle était pire. Mes parents n’étaient pas méchants, loin de là, mais plus distants il n’y avait pas. Je les trouvais tellement superficiels, tout ce qui comptait c’était l’apparence de notre famille. Et le tableau, que nous présentions se devait d’être impeccable.

Le bac, la porte de sortie

Plus je grandissais, plus j’étais obsédée par l’idée de quitter cet endroit. Tous les cadeaux et gadgets ne parvenaient pas à assouvir ma soif de liberté. Et une seule chose pouvait me l’accorder : c’était réussir au baccalauréat. Dès la fin de mon primaire on me rabâchait les oreilles avec ce slogan : « Ana, ah quand tu auras le bac ma fille, je t’enverrai aux États-Unis. Si tu restes à Abidjan, les gens diront que je n’ai pas les moyens de permettre de faire de bonnes études. Tous les autres envoient leurs enfants en France et au Maroc, mais toi tu iras à Washington. » C’était donc l’objectif ultime de mon adolescence : décrocher mon bac. Alors toutes les interdictions et restrictions que mes parents m’avaient imposées pour y parvenir, ne me dérangeaient nullement. Nous avions le même objectif, mais des motivations différentes. Arrivée en classe de 1ére, j’ai demandé à présenter une candidature libre. Mon père était ravi et fier. J’ai bénéficié d’un bon encadrement et c’est avec la mention “bien” que j’ai obtenu mon bac en classe de première. Comme promis, je fus inscrite dans une célèbre université de Washington et le 06 Août 1999, je m’envolais - enfin - au pays de la statue de la liberté.

Une nouvelle vie dans un autre monde

Tout était nouveau pour moi. J’avais l’impression d’avoir été parachutée dans un autre monde. Depuis l’âge de 5 ans, j’avais été initiée à l’anglais, je parlais donc plutôt bien cette langue. Á mon arrivée, j’avais été confiée à des amis à mon père puis, je me suis retrouvée après le premier trimestre sur le campus. Les amis de papa avaient été affectés dans un tout autre État et le campus était la seule solution. Bien sûr que j’avais été placée sous la surveillance d’un “grand-frère en Christ” qui entre ces trois boulots, avait bien de peine à jeter un œil à ma “petite vie”. Vie qui s’était bien améliorée entre temps. J’avais de nombreux amis, de tous genres et de toutes origines, qui s’étaient tous donnés pour mission de me faire découvrir la vie. J’avais désormais un “boyfriend” comme on le disait ici. J’étais parvenue à maintenir le cap dans mes études. J’avais été prévenue que si j’échouais, je rentrais et pour moi, ce n’était pas une option. Comme mes résultats étaient bons, mes parents n’avaient pas le moindre soupçon sur ma nouvelle façon de vivre.

C’était la fin du semestre et j’avais validé toutes mes matières. Mon petit-ami m’avait quittée. Car malgré toutes mes nouvelles passions, je n’osais toujours pas franchir “l’étape suivante”. En bref, coucher avec lui . Qu’importe, il y avait une grande fête ce soir-là. La première des vacances qui commençaient. Je suis allée avec un seul objectif en tête, noyer mon chagrin et faire la fête. Drogue, alcool, sexe, c’était une vraie orgie. Le genre de soirée à faire au moins une fois dans sa vie me suis-je dite. Je commençais à perdre le contrôle. Le lendemain, je me réveillais dans les draps de mon ex-petit ami, drôle de manière de l’oublier. J’ai tout de suite réalisé que l’alcool et la drogue avaient fait leur effet. Alors que je voulais culpabiliser et me morfondre, il ouvrit les yeux et de son plus grand sourire me dit « love you Ana » Dès cet instant, plus rien n’avait d’importance. Le jour d’après, la vie reprit son cours ou presque. Je me sentais de moins en moins bien. L’alcool me répugnait et certains repas aussi, mon appétit avait été comme décuplé… Bref, j’étais enceinte.

Plusieurs  vies brisées...

S’il a paniqué au début, mon copain s’est vite ressaisi. Il voulait de cet enfant finalement. Ce n’était pas le moment, mais il s’était fait à l’idée et ses parents aussi. Je savais que ce ne serait pas le cas des miens. Deux jours après leur avoir annoncé la nouvelle, ma mère atterrit à Washington et dit ces premiers mots : « Je regrette de t’avoir mise au monde, je regrette tout le temps et l’énergie que j’ai mise à t’enseigner le droit chemin. Je me demande si tu es vraiment ma fille, car un enfant sorti de mes entrailles ne saurait me faire honte à ce point…». En un court laps de temps, je fus transférée dans une université paumée du Texas. Ma mère venait une fois toutes les deux mois s’enquérir de l’évolution de ma grossesse et m’avait mise sous surveillance rapprochée. Personne, à part mon père et elle n’avaient été mis au courant. Ils avaient décidé de la cacher, même à mes petits frères afin que je ne serve pas “de mauvais exemple”. John me manquait. L’une des rares fois où j’avais échappé au contrôle de ma “surveillante”, j’avais appelé chez eux. Mais j’apprenais alors que sa mère était morte et que toute sa famille avait déménagé sans laisser d’adresse. C’est dans cette atmosphère tragique que mon terme arriva. Ma fille était belle et en bonne santé. Après trois mois, ma mère la ramena à Abidjan pour mieux s’en occuper, selon ses dires. Aujourd’hui, Destiny ma fille a 15 ans et elle m’appelle par mon prénom parce qu’elle pense que je suis sa sœur. Je ne l’ai pas rejetée, je ne l’ai pas reniée, bien au contraire je l’ai désirée bien que ne l’ayant pas planifiée. Sauf que mes parents m’ont volé ma fille. Depuis toutes ces années, ils racontent que c’est leur dernière, leur fille adoptive. Je suis réduite au silence et victime d’un chantage affectif de la part de ma mère...