C'est mon histoire : La face cachée de mon époux

Cet homme que je ne connaissais pas.

C'est mon histoire : La face cachée de mon époux

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Mouasso Angui
Écrit par Mouasso Angui
Publié le 03 mai 2017 à 06h30

Cet homme que je ne connaissais pas.

Léa a 33 ans, cadre d’entreprise, elle mène une vie paisible avec ses 2 adorables enfants et son mari Patrick. 8 ans qu’ils sont mariés et Patrick l’aime autant qu’au premier jour. De quoi pourrait-elle se plaindre ? La vie l’a bien gâtée, c’est ce qu’elle se disait jusqu’au fameux voyage où elle découvre alors la face cachée de Patrick. Et sa vie s'effondre comme un château de sable.

Comme sur des roulettes

Parfois, à entendre les histoires de mes amies et collègues, je trouvais que la vie m’avait vraiment épargnée. Après un parcours scolaire sans fautes, j’ai obtenu mon premier stage assez facilement dans l’entreprise où je suis aujourd’hui directrice régionale. Deux ans après avoir commencé à travailler, je devenais l’épouse de Patrick.  Á l’époque, il était un simple employé même s’il gagnait déjà bien sa vie. Travailleur acharné, les promotions se sont succédé et aujourd’hui il était le numéro 2 de sa boîte. Nous avions une vie plutôt aisée. Chaque vendredi, Patrick me faisait un cadeau. C’était une manière de marquer son affection. Mon mari était, on ne peut plus démonstratif. Mes copines m’enviaient. Elles étaient surprises de l’intensité avec laquelle mon mari me prouvait son amour depuis toutes ces années. Ce serait mentir que de dire que le ton n’était jamais monté, mais ces rares tensions ne duraient que peu de temps.Tout roulait pour moi !

«Il m’avait fallu du temps pour oublier cet épisode douloureux. Quelques temps après, Patrick m’annonçait qu’il devrait passer au moins un semestre entier au Sénégal pour l’ouverture d’une succursale. Cela était à envisager au moins pour les trois années à venir.»

Quelque chose clochait

Avec ses responsabilités, au fil des années Patrick était amené à voyager un peu plus chaque année. De mon côté, il m’arrivait également d’aller en mission donc je comprenais parfaitement les sacrifices qu’impliquaient le fait d’occuper un poste élevé. Ce n’était donc pas une source de conflits au sein de notre couple. Nous avions mis en place un système qui faisait en sorte que ni l’éducation de nos enfants, ni notre harmonie conjugale ne souffraient de nos statuts professionnels.

Cependant, avec mes enfants en bas âge, ma hiérarchie avec qui j’avais de bons rapports limitait mes déplacements au strict nécessaire. Cela faisait pratiquement neuf mois que je n’avais pris l’avion. Tout l’inverse de Patrick qui partait toutes les 3 semaines.

Je lui avais demandé d’essayer de trouver un arrangement, en trouvant un assistant par exemple mais Monsieur s’était vigoureusement énervé. Sa réaction excessive ne m’avait pas laissée indifférente. Fidèle à lui-même, il avait su se faire pardonner, pour autant je n’avais pas oublié ni abandonné l’idée de le garder un peu plus à mes côtés. Quelques semaines auparavant, nous recevions son collègue Roland et son épouse, Patrick s’était mis hors de lui. La raison de la colère ? J’avais simplement dit en rigolant à Roland, que j’irais rencontrer le PCA de l’entreprise pour plaidoyer que mon mari voyage moins.

« Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi, Léa ? Ce n’est pas de ma faute si tu t’ennuies dans ton travail, je te demande de rester en dehors de ma carrière. » m’avait-il rétorqué. Ces paroles de Patrick et la fureur avec laquelle ils les avaient dites m’avaient déconcertées au point que j’ai dû me retirer dans notre chambre afin de retrouver mes esprits. Depuis quand mon mari était-il devenu nerveux ? Depuis quand perdait-il patience de la sorte ? Et pour quelles raisons ?

Il m’avait fallu du temps pour oublier cet épisode douloureux. Quelques temps après, Patrick m’annonçait qu’il devrait passer au moins un semestre entier au Sénégal pour l’ouverture d’une succursale. Cela était à envisager au moins pour les trois années à venir. J’ai pleuré, proposé de démissionner pour le suivre, mais rien. Patrick avait refusé toutes mes propositions.  Je devais donc me résigner à la nouvelle vie que mon mari nous imposait. Notre couple était solide depuis toutes ces années, je ne voulais pas le fragiliser.

Son autre vie

Depuis deux ans donc, mon époux passait seulement 6 mois avec les enfants et moi et le reste de l’année il était à Dakar. Toutefois nous l’avions, pour les fêtes de fin d’année, le nouvel an, mon anniversaire, le sien et ceux des enfants. Tout allait donc bien...

De plus, mon mari était encore plus attentionné. Même à distance, il me faisait sentir sa présence dans ma vie et celle de nos enfants. Ma joie n’était pas moindre ni mon bonheur altéré, j’étais toujours la femme de sa vie.

Un événement était sur le point de perturber ma quiétude : Patrick ne pouvait pas être là pour Noël cette année. Comment était-ce possible ? N’avait-il pas poser certaines limites à ses patrons ? Et les enfants dans tout ça ? Je ne supportais pas l’idée de leurs visages tristes, parce que leur père absent. Patrick fut surpris de me voir accepter la situation sans la moindre opposition, ce qu’il ignorait c’est que les enfants et moi allions lui faire une belle surprise. C’est en tout cas ce que nous espérions.

J’avais tout arrangé, mes congés, les billets… J’étais passée au bureau, confirmer les coordonnées et l’adresse de Patrick à Dakar. Malheureusement, j’avais trouvé sa remplaçante, car elle était allée en vacances pour les fêtes. Toutefois, j’avais obtenu les informations que je recherchais et c’était le plus important. La veille de Noël, je m’envolais pour Dakar. Arrivée sur place, j’ai sauté dans le premier taxi avec les enfants.

Sans grandes difficultés, je fus emmené à la résidence dakaroise de mon mari. Je la trouvais trop grande, ce n’est pas ce qu’il m’avait semblé dans les photos mais qu’importe peut-être que l’entreprise avait fait des réaménagements. Mais pourquoi ne m’en avait-il pas parler ? Mon excitation laissait place peu à peu à l’angoisse. C’est une belle jeune femme qui vint m’ouvrir la porte, elle ne ressemblait pas du tout à une femme de ménage. A peine eut-elle le temps de me demander mon identité que deux petits garçons criaient à tue-tête « papa t’appelle, maman papa t’appelle ». Sans qu’elle n’eut  le temps de réagir, j’étais déjà au salon découvrant  une petite fille assise sur les genoux de mon mari qui lui faisait la lecture, comme à notre fille aînée.  « Patrick, dis-moi que je me trompe, dis-moi que ce n’est pas à ce que je pense ? ». Comment pouvait-il me répondre ? Nos enfants s’étaient jetés dans ses bras heureux comme jamais de retrouver leur père. Quel spectacle, tous les enfants étaient accrochés à lui. Ils riaient, l’embrassaient en criant tous « Papa, papa ! ». C’est la voix de Marema, la femme sénégalaise de mon mari qui interrompit cette séance d’amour et de câlins. Avec calme et délicatesse, elle demanda à tous les enfants de la suivre pour que « papa, puisse discuter avec la dame ». La dame ? Non mais je rêve ? Sa femme, c’est ce que j’étais ! C’était moi, la femme que Patrick avait épousée il y a dix ans. Et aujourd’hui, il était là, mais je ne reconnaissais pas cet homme assis en face de moi. J’ignorais tout de lui. En réalité, je venais de le rencontrer. Patrick qui était musulman, avait le droit d’avoir plusieurs femmes. La seule chose dont il s’excusait, c’est de ne pas avoir laissé le choix d’accepter cette éventualité avant de m’épouser.

Je suis Léa, cadre d’entreprise, mère de deux adorables enfants et cela fait maintenant 15 ans que je suis mariée à Patrick, dont je suis la première femme. Six mois par an, j’ai mes enfants et mon mari avec moi dans notre résidence d’Abidjan. Le reste de l’année, mon époux vit avec son autre famille à Dakar.