C'est mon histoire : J'ai menti à mon mari que j'étais orpheline

La vérité est bonne à dire

C'est mon histoire : J'ai menti à mon mari que j'étais orpheline
Écrit par ELLE.CI
Publié le 18 juillet 2017 à 17h45

La vérité est bonne à dire

Hélène, 40 ans, est cadre dans une société d'audit à Abidjan. Depuis 15 ans, elle file le parfait amour avec Thierry mais lui cache une information capitale sur elle.

J'ai grandi à Yamoussoukro durant ma tendre jeunesse. Ma mère m'élevait seule, vivait de son travail de femme de ménage et tenait un petit commerce de rue les week-ends pour arrondir les fins de mois. De mon père, je ne sais pratiquement rien car je ne l'ai pas connu. J'ai toujours été admirative de ma mère, une femme brave et qui sacrifiait le moindre franc cfa pour subvenir à mes besoins et me donner un avenir meilleur que le sien.

Le début des mensonges

J'ai toujours voulu faire mieux que les autres pour ma mère et surtout pour ne plus compter les pièces à la fin du mois. Á l'aube de la vingtaine, j'ai quitté Yamoussoukro pour mes études universitaires à Abidjan que j'avais pu faire grâce à une bourse d'excellence. Avec ma bourse, je pouvais aider ma mère qui gagnait moins d'argent à cause du poids de l'âge. J'ai découvert un autre monde dans la capitale économique. Les boites de nuit, le shopping...je voulais la grande vie et Abidjan m'a plus que tout décidé à me faire ma place au soleil. Je fréquentais des amies qui n'appartenaient pas au même monde que le mien. Elles voyageaient en Europe pour les vacances tandis que moi je retournais dans ma petite ville pour aider ma mère. Les vacances étaient une torture pour moi car je mentais que je voyageais aussi donc il ne fallait pas que je sois vue. Pendant que j'aidais ma mère pendant mes semaines de repos, j'enviais mes nouvelles copines qui vivaient la belle vie. Je ne leur disais pas la vérité de peur d'être mise à l'écart.

L'éloignement

Je rentrais de moins en moins à Yamoussoukro car je ne supportais plus de voir les difficiles conditions dans lesquelles ma mère vivait. Je vivais au-dessus de mes moyens et l'argent a commencé à manquer. Pour palier à mes problèmes financiers, je suis sortie avec Yann, un camarade de la fac issu d'une famille aisée. Il ne connaissait rien de mes origines sociales car je me débrouillais bien pour lui cacher cette facette. Il m'invitait à chaque fois qu'on sortait, me couvrait de cadeaux et m'aidait financièrement quand je lui disais que mes parents avaient "oublié" de m'envoyer l'argent du mois. Au fond, Yann se doutait bien de ma situation réelle et me posait souvent des questions sur mes parents mais je restais très vague. Il était loin d'être dupe mais je préférais vivre dans le mensonge et l'omission. Nous sommes restés 4 ans ensemble sans qu'il ne sache rien réellement de ma vie, sans qu'il n'ait rencontré une seule fois un membre de ma famille. Il arriva ce qu'il devait arriver. Yann m'a posé un ultimatum : « soit je rencontre ta mère, soit je te quitte ». Tellement honteuse de mes origines, j'ai choisi la deuxième option. Je l'aimais mais je n'étais pas capable de regarder en face tous mes mensonges. Il m'aurait quitté de toute façon car on ne sort pas indemne de 4 ans de purs mensonges dans un couple. C'était la meilleure chose à faire. Le hic, c'est que je n'avais pas résolu mes problèmes ou plutôt mes complexes.

« Dans le couple, nous sommes supposés prôner la sincérité, avoir confiance l'un en l'autre mais mon quotidien dans mon mariage était jonché de petits mensonges partis d'un gros mensonge. Le genre de mensonges qui vous entraîne dans une spirale infernale. »

Le cercle vicieux

Après mes études et ma rupture, j'ai commencé à travailler comme assistante dans un cabinet d'affaires. Je me suis éloignée de ma mère mais veillait à lui envoyer de l'argent régulièrement grâce à un oncle qui faisait des allers-retours entre Abidjan et ma ville natale. Je gagnais bien ma vie et commençait à voir le bout du tunnel mais j'étais rongée par la culpabilité. J'aurais pu construire tout ça avec ma mère à mes côtés mais elle ne m'aurait pas pardonnée de l'avoir quasiment abandonné comme je l'ai fait. L'argent et le confort financier ne font pas tout. Au sein du cabinet, je suis montée en responsabilités et j'ai été promue. Lors de mon premier déjeuner professionnel, j'ai rencontré Thierry. Il était un de nos gros clients. Nous le conseillions sur des histoires de fiscalité et de foncier. J'étais devenue son contact privilégié. Un soir, il m'a appelé pour un dîner « purement professionnel ». Le feeling passait très bien. Nous nous voyions régulièrement et la question sur la famille est arrivée. J'ai rétorqué : « J'ai perdu mes parents très jeune et j'ai été élevée par les bonnes soeurs ». J'étais attristée par ma réponse mais soulagée quelque part. Il n'y aurait plus eu de questions sur ma famille et je n'aurais pas eu d'ultimatum comme cela avait été le cas avec Yann. Après 9 mois de relation, j'ai rencontré sa famille qui vivait à l'étranger lors d'un premier Noël à Paris. J'avais l'impression que tout me réussissait. Il m'avait demandé en mariage. 6 mois plus tard, nous étions mariés. J'avais même falsifié des documents pour "prouver" que j'étais orpheline. Une fois de plus, j'avais porté un coup fatal à ma mère sans qu'elle ne le sache. Thierry et moi avons eu deux beaux enfants mais plus je construisais ma vie de famille, plus l'absence de ma mère de ce cocon me rongeait. Dans le couple, nous sommes supposés prôner la sincérité, avoir confiance l'un en l'autre mais mon quotidien dans mon mariage était jonché de petits mensonges partis d'un gros mensonge. Le genre de mensonges qui vous entraîne dans une spirale infernale. Lorsque je prenais des nouvelles de ma mère par l'intermédiaire de mon oncle, je me cachais de Thierry et même de mes enfants ! Je faisais semblant de ne pas reconnaître mes anciens camarades de classe pour éviter mon passé et mes mensonges mais la vérité a fini par me rattraper.

« Le divorce était l'issue inéluctable. Thierry m'a demandé des explications. Je n'avais pas le choix, je lui ai dit toute la vérité. »

La vérité au grand jour

Lors d'une sortie familiale à Assinie, une dame s'est écriée « Hélène, mais ça fait des années ! Tu te souviens de moi au collège ? Qu'est-ce que tu deviens ? ». J'étais toujours gênée quand je croisais une ancienne camarade d'école car la vérité me rattrapait petit à petit. Et Sylvie était du genre très bavarde, quelque chose qui n'avait pas changé depuis le collège. J'ai essayé de lui demander ce qu'elle devenait mais impossible de placer un mot. Je répondais sagement à ses questions avec peu d'enthousiasme et elle me dit « mais c'est marrant, j'ai croisé ta mère à Yamoussoukro il y a deux semaines et maintenant je te vois ! ». J'étais coincée. Thierry avait tout entendu et se retourna brusquement. Ma réaction à la phrase de Sylvie a été une simple onomatopée « Ah ! ». Le retour d'Assinie était froid. Pas un mot pendant une heure. Je lui avais menti pendant toutes ces années. Le divorce était l'issue inéluctable. Thierry m'a demandé des explications. Je n'avais pas le choix, je lui ai dit toute la vérité. Pendant des semaines, il m'a évité. Il dormait sur le canapé, ne mangeait plus à la maison, rentrait tard du travail.

« Je lui ai tout raconté sans filtre. C'était libérateur ! »

La confrontation

Pendant cette période, j'ai repris contact avec ma mère. Lors de nos retrouvailles, je n'arrivais pas à la regarder dans les yeux et je suis tombée en larmes. Son accueil était froid mais les appels brisaient la glace. Au sein de mon couple, aucune amélioration. J'ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes et demandé une discussion avec Thierry. Je lui ai posé un ultimatum : soit il me pardonnait soit nous divorcions. Il m'a alors demandé pourquoi tous ces mensonges. Je lui ai tout raconté sans filtre. C'était libérateur ! Si je pouvais revenir en arrière, je n'aurais pas raconté tous ces bobards. Thierry et ma mère ont fini par me pardonner. Quant à ma mère, elle a rencontré ses petits-enfants et fait plus que jamais partie de ma vie. La vérité a été difficile à dire.

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