C’est mon histoire : J’ai appris à 30 ans que je ne pouvais pas avoir d’enfant

Maternité

C’est mon histoire : J’ai appris à 30 ans que je ne pouvais pas avoir d’enfant

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Écrit par ELLE.CI
Publié le 22 mai 2019 à 17h42

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Se décider à avoir un enfant c’est le choix d’une vie. J’ai toujours été tournée vers mon travail et mes plans de carrière c’est pourquoi l’envie d’enfanter ne m’est venu que tard, quand j’ai eu 30 ans. Est-ce que si j’avais su plus tôt j’aurais fais d’autre choix de vie ? Je ne le saurais jamais. Mais il est important de parler de ces sujets là, entre mère et fille, entre amies. Car pour toutes les femmes comme moi qui n’arrivent pas à avoir d’enfant il faut avoir le soutien psychologique nécessaire pour surmonter cette épreuve.

MA VIE AVANT

Toute ma vie j’ai été une accro au travail. Je suis juriste et c’est à 13 ans que j’ai su que c’était ce que je voulais faire de ma vie. Ma famille et moi étions modeste et j’avais un seul but durant toute mon adolescence et ma vie de jeune femme : pouvoir subvenir à mes besoins et ceux de ma famille, et c’est ce que j’ai fait.

Année après année, diplôme après diplôme je ne me suis jamais éloignée de mon objectif : devenir juriste et pouvoir aider les autres en faisant ce que j’aime.

J’ai obtenu le barreau à 22 ans, j’étais une enfant précoce. J’étais tellement fière car j’ai toujours pensé que cela me permettrait d’être confortable assez tôt dans ma vie et que je pourrais ainsi fonder une famille. Tout allait parfaitement dans ma vie.

Et c’est en commençant à mon cabinet que j’ai rencontré Serge. J’avais 24 ans quand j’ai commencé à travailler dans cette boîte et Serge était celui qui m’a aidé à m’intégrer. Comme vous pouvez l’imaginer il y a avait peu de femmes juristes c’était donc difficile d’évoluer dans ce monde d’hommes. Serge est celui qui m’a tout de suite mis à l’aise, toujours un compliment, la phrase pour me faire sourire ou à me mettre à jour sur les potins de la société.

Il est petit à petit devenu mon meilleur ami. Nous passions pas mal de temps ensemble et d’amis nous sommes devenus amants. Et tout naturellement après trois ans de relation solide nous nous sommes mariés.

QUAND J’AI APPRIS

Au commencement de notre vie de couple nous n’avions aucune envie pressante de faire des enfants. Nous en avons profité pour voyager et avancer chacun dans nos carrières. Il est surtout mal vu d’avoir un enfant quand on veut gravir les échelons, j’ai donc préféré avoir un poste haut gradé avant de penser à ça. Mais nous n’utilisions pas de moyens de contraceptions non plus.

Alors après 3 ans de mariage la question des enfants est peu à peu apparu dans nos conversations. C’est surtout venu des parents et de la famille autour de nous en général. On en a donc discuté Serge et moi et on s’est tous les deux rendus compte qu’il était temps et que nous avions envie d’en avoir un.

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Pendant 6 mois, je lisais les sites de conseils et astuces pour tomber enceinte rapidement. J’ai tout essayé : changer mon alimentation, avoir une vie plus saine, tout. Rien n’a fonctionné. C’est donc tout naturellement au bout de six mois que nous allons voir un médecin.

Je m’attendais à ce qu’il me donne peut-être une médication pour la fertilité mais pour moi il n’y avait rien d’alarmant. C’était plutôt Serge d’ailleurs qui était stressé et qui pensait qu’il avait un problème. Le médecin nous a fait faire à chacun des analyses. Dans la salle d’attente Serge était si stressé que ses mains qui serraient les miennes étaient moites. Il s’est détendu seulement quand le médecin nous a dit que les résultat de toute façon ne sortiraient que dans une semaine. Dans la voiture Serge m’a confié qu’il désirait infiniment avoir des enfants avec moi, que j’étais la femme de sa vie et qu’il espérait que tout allait bien. Je l’ai rassuré.

Une semaine plus tard le médecin nous convoque et décide de nous recevoir un par un. C’est là que j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai dû mal à me souvenir des mots du médecin ou de ma réaction; je me souviens que tout est devenu flou et que je suis tombée. En me réveillant j’étais chez moi et mon mari était à mon chevet il pleurait. Je suis alors rentré petit à petit dans une dépression.

Je ne pouvais pas avoir d’enfants, jamais. Je n’avais jamais eu un désir ardant d’enfanter mais le fait de savoir qu’il nous est impossible d’en avoir a fait naître un désespoir hors du commun en moi. Serge n’avait pas les mots pour me consoler, et pour se consoler aussi je pense. Alors nous parlions de moins en moins. L’annoncer à la famille à été le plus difficile. Leurs regards, le sentiment de déception et d'incompréhension, la tristesse. Je ne parlais plus à personne, j’ai demandé des vacances à mon travail et je passais tout mon temps à la maison.

Serge et moi étions devenu des colocataires. J’avais l’impression de ne servir à rien et que notre mariage n’avait plus aucun sens. Je me sentais tombé dans un trou noir sans pouvoir m’accrocher à quoi que ce soit, à qui que ce soit.  

MA RÉCONCILIATION

Un matin je me suis réveillé et Serge était parti. Il m’avait juste laissé une note : “Je ne peux plus.” et avait pris sa valise. Quand j’ai lu cette note j’ai cru que c’était la fin de ma vie. Je suis restée ce jour là sur le sol de la cuisine à pleurer pendant toute la journée. Pendant une semaine je suis resté au lit je ne faisais rien je ne mangeais pas. Mais après une semaine j’ai pris une décision : je devais me tuer au travail et en faire ma raison de vivre.

J’ai repris le travail le lendemain, et j’y restais nuit et jour. Je travaillais deux fois plus que les autres. Quelque part c’était pour ne pas avoir à faire face à ma tristesse. J’étais en colère contre moi-même. Après un mois de travail assidu j’ai même eu une promotion, j’allais passer associé. Mais j’étais toujours triste.

C’est à ce moment là que ma collègue est venue me voir. Elle m’a parlé d’un groupe de femme qui comme moi, ne pouvait pas faire d’enfants. Elles se réunissaient toutes les semaines pour parler, faire des activités ensemble, partager un repas. J’ai longtemps hésité à me rendre à un de ces rendez-vous mais je m’y suis finalement rendue, car je me sentais si seule. Ca a été l’une des meilleures décisions de ma vie. Parler avec des femmes qui avaient vécues cette même dépression m’a aidé à guérir.

Au bout de deux mois, je me sentais femme et épanouie à nouveau. Je savais  que l’accouchement ne définissait pas la féminité et que d’autres solutions comme l’adoption s’offraient à moi.

C’est à ce moment là que Serge est revenu. Un soir je l’ai trouvé au pied de ma porte. Il n’a rien dit il m’a juste pris dans ses bras et je l’ai pardonné. Je pense que lui aussi avait besoin de sortir de sa propre dépression. Il m’a dit qu’il n’avait pas supporté non plus de me voir dans cet état et qu’il avait besoin de revoir ses objectifs de vie. Ca n’a pas été facile pour nous deux mais nous avions besoin de temps pour accepter cette réalité de notre mariage. Nous ne pouvions pas faire d’enfants.

Aujourd’hui, deux ans après nous avons décidé d’adopter. Je suis tellement heureuse, je suis prête, nous sommes prêts. L’attente sera longue mais nous espérons pouvoir enfin, construire une famille.

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