Influenceuse : l'envers du décor de ce job qui fait rêver

Réalité d’un job 2.0

Influenceuse : l'envers du décor de ce job qui fait rêver
David DOLEGBE
Écrit par David DOLEGBE
Publié le 27 décembre 2018 à 18h35

Réalité d’un job 2.0

On s’étonne souvent lorsque nous découvrons les sommes que les influenceuses comme Chiara Ferragni, Enjoy Phoenix, Edith Brou, Orphelie Thalmas ou encore Fantastyck et Amenan Tanoh, reçoivent pour des publications sponsorisées sur les réseaux sociaux. On se fait généralement des idées en se disant que celles-ci sont devenues « riches sans rien faire ». Mauvaise idée, il nous faut se séparer tout de suite de ces stéréotypes et savoir aujourd’hui qu’il y a un vrai boulot derrière l’image de l’e-star que la personne s’est construite.

En voyant les images alléchantes ou les articles des influenceuses sur Instagram, YouTube, Facebook ou les blogs, on n’imagine pas toujours le travail que cela a pu nécessiter. Une étude d’une chercheuse américaine parue dans le journal Quartz, nous ramène les pieds sur terre et casse le mythe de l’influenceuse payée pour ne rien faire. Brooke Erin Duffy est une chercheuse américaine de l’université de Corneil à Ithaca dans l’Etat de New York. Après avoir interrogé des influenceurs , elle a publié un ouvrage de sociologie et fait mention des réalités discrètes sur ce métier.

Dans ce livre sociologique de plus de 300 pages intitulé (Not) Getting Paid to Do What You Love, elle explique ce métier ressemble à un stage non rémunéré. Elle va encore plus loin en expliquant : « On s’attend à ce que, si vous vous investissez maintenant, cela va être compensé à l’avenir avec ce travail glamour et fantastique. Mais la réalité est beaucoup moins favorable concernant le nombre de fois où cela se transforme en emploi à temps plein. ». assure-t-elle.

En Afrique, vous imaginez que les réalités sont encore moins reluisantes. Les collaborations et les sollicitations se font rares et dans les débuts, vous devez faire preuve d’une originalité, d’un courage et d’une constance hors pair. Car avant d’avoir la popularité escomptée et attirer les marques dans la perspective de faire de votre plateforme une affaire rentable, il faut beaucoup d’investissement. Et ce, que ce soit au plan financier ou moral.

En clair, il faut poster souvent et modifier son emploi du temps pour se rendre disponible à trouver des nouveautés intéressantes. Sans oublier tout le temps qu’on passe à retoucher ses clichés et à peaufiner ses publications pour avoir un personnal branding que les abonnés apprécient fortement. Et cela passe par des sacrifices au niveau familial et académique ou professionnel quand on doit alterner plusieurs boulots parallèlement à la vie d’influenceuse.

La chercheuse américaine poursuit son argumentaire en signifiant que les investissements faits par les influenceuses au début de leur aventure ne sont pas reconnus et « sont souvent considérés comme des loisirs, comme amusants et comme quelque chose qui ne devrait pas être récompensé matériellement ». Une réalité qu’a vécue l’influenceuse mode ivoirienne Amenan Tanoh. Interrogée pour avoir son avis sur la question, la jeune dame qui aujourd’hui récolte une forte audience sur les réseaux sociaux reconnaît qu’à ses débuts c’était très difficile. « La mode est un secteur fermé. Ce n’est pas facile de s’introduire. C'était difficile d'approcher les gens du milieu, d'avoir des accès et des accréditations de presse. Je souffrais du manque de contact et des personnes qui vous snobent malgré plusieurs relances. Mes premières photos étaient faites avec un téléphone et à l’époque cette activité n’était pas la chose la plus répandue sur internet. Ensuite viennent les critiques, car tu t’exposes à des réactions qui ne sont pas très gentilles » confie-t-elle.

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Amenan Tanoh lors d'une campagne pour un centre commercial de la place

Aujourd’hui, son abnégation a fini par payer car Amenan Tanoh est très sollicitée dans les évènements autour de la mode, s’est lancée dans une carrière de mannequin et a pu lancer avec Fantastyck (mentionnée plus haut) depuis 2014 un webzine qui a déjà eu plusieurs succès au niveau local. Une finalité qu’espèrent de nombreux jeunes en lançant un blog ou une plateforme pour être reconnu comme influenceur et au final monétiser l’activité. Mais vous le constatez à présent le chemin est long et tumultueux.

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