WHEN THEY SEE US : On vous dit tout sur la mini-série engagée et boulersante de Netflix

Un film poignant

WHEN THEY SEE US : On vous dit tout sur la mini-série engagée et boulersante de Netflix
Aurélie Kouman
Écrit par Aurélie Kouman
Publié le 20 juin 2019 à 14h30

Un film poignant

Une histoire vraie, un système américain défaillant et discriminatoire, cinq adolescents issus de minorités africaines-américaines et hispaniques, quatre épisodes, et deux-cent vingt six minutes. C’est ce qu’il aura fallu à la réalisatrice Ava Duvernay pour secouer l’Amérique toute entière. Considérée comme l’un des contenus les plus regardés aux États-Unis depuis sa sortie sur Netflix le 31 mai dernier, la série « When They See Us » (« Dans leur regard » en français) glisse dans ce retour temporel dans le New-York des années 1989 une peinture de la société américaine fragmentée par ses préjugés et sa justice biaisée.

The Central Park Fives. Ainsi étaient surnommés Antron McCray, Kevin Richardson, Yusef Salaam, Raymond Santana et Korey Wise, tous ayant été condamnés par la justice américaine à entre 6 et 13 ans de détention ferme pour un crime qu’ils n’avaient pas commis : l’agression sexuelle et la tentative d’assassinat d’une joggeuse laissée quasiment inanimée à Central Park dans la nuit du 19 avril 1989. Cette affaire lourdement médiatisée fut l’un des faits divers les plus controversé des années 1990 aux États-Unis. Dix ans plus tard, en 2002, le véritable coupable avouera les faits et les cinq accusés à tort seront alors rétribués d’une somme de 41 millions de dollars de dédommagement pour l’erreur commise.

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Une réalisation engagée Le choix de ressusciter ce fait divers ne semble pas être une sélection hasardeuse de la part d’Ava Duvernay. En effet, tout au long de ces épisodes, la réalisatrice tisse les traits d’une justice américaine qui manipule, enferme et écrase tout individu qui ne vient pas du bon quartier, n’a pas le bon statut social, les bonnes fréquentations ou la bonne couleur. Mais plus encore. L’ancienne nommée au Golden Globes pour le film Selma (retraçant les mouvements de protestations pour les droits civiques des africains-américains en 1965), pointe le curseur sur une Amérique encore profondément discriminante, gangrénée d’un racisme usant et usé. De ce fait, dès les premiers contrôles de police, tout semble aller vers une issue défavorable. Le spectateur suit l’enquête dans les salles d’interrogatoires, dans les couloirs entre les chuchotements d’officiers du New York Police Departement (NYPD), mais également à travers la peur de ces adolescents innocents, incompris, paniqués et fatigués. L’affaire passe alors très vite du simple malentendu au monstre judiciaire incontrôlable, ravageant sur son passage la véracité des faits et laissant place à l’intransigeance collective et médiatique : condamnations sans fondements, opinions publiques modelée par les médias, maltraitance psychologiques et physiques …

L’oeuvre semble s’inscrire dans une intemporalité qui appelle à questionner sans cesse les notions de justice et d’égalité au sein même de la société actuelle, de notre histoire civilisationnelle s’écrivant actuellement. Il est d’ailleurs possible de voir l’apparition de Donald Trump dans la série, qui, à l’époque, avait payé des pages de journaux afin d’encourager le rétablissement de la peine de mort suite à la médiatisation de l’affaire. Par un jeu d’acteur poignant dont celui de Felicity Huffman qui joue l’insensible et opportuniste procureur Linda Fairsten, ou encore l’acteur Jarrel Jerome d’ores et déjà remarqué dans le long-métrage à succès Moonlight, "Dans leur regard" ne laisse pas indemne. La présentatrice Oprah Winfrey a d’ailleurs partagé sa réaction après visionnage, comme pour rappeler que cette série est, en effet tirée de faits réels, et qu’ils sont toujours d’actualité aux États-Unis : « Pour tout ceux qui disent que cette série est « dure à regarder, pensez aux personnes qui trouvent cela difficile à vivre » écrit-elle sur une publication Instagram.

 Ava Duvernay, caméra au poing

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Ce n’est pas la première fois qu’Ava Duvernay se lance dans l’aventure du cinéma engagé et dénonciateur. Ces travaux précédents, dont le long métrage In the Middle of Nowhere (qui lui permit de remporter le prix du meilleur réalisateur au Festival Sundance de 2012) abordent aussi les thèmes du milieu carcéral et des mouvements civiques africains-américains.

En s’alliant cette fois à Netflix, Ava Duvernay, plateforme qui se veut également militante (le site américain a menacé d’interdire ses tournages en Georgie si l’état faisait passer la loi contre le droit à l’avortement prévue pour 2020), la réalisatrice allume le torchon d’un cocktail molotov lancé suffisamment loin pour faire exploser le politiquement correct. Son militantisme pour la diversité débuté depuis qu’elle couvrait l’affaire OJ.Simpson dans les années 1990 en tant que journaliste, ne se défait pas avec le temps. Il est également possible de le voir dans la série par le combat des communautés d’Harlem qui luttent pour sauver leurs membres des griffes de la discrimination au faciès, condamnant bien trop tôt, bien trop vite.

Ava réalisera également plusieurs documentaires notamment celui sur Vénus Williams traitant de l’égalité de salaires entre hommes et femmes dans le milieu du tennis. Dans son travail, la publicitaire de formation travaille alors pour faire voir, ce que d’autres ne voient pas et nous plonge « Dans le regard » de ceux qui ont vécu, ce que nul ne voudrait vivre. « La série fait remonter à la surface beaucoup de souffrances. Le système a brisé de nombreuses choses en moi qui ne peuvent pas être réparées », a témoigné Antron McCray, l’un des Central Park Five, dans le documentaire disponible sur Netflix« When they See us Now » ( traduit par : « Dans leur regard aujourd’hui »).