Un vent de féminisation souffle sur les blockbusters

Hollywood donne plus de place aux femmes

Un vent de féminisation souffle sur les blockbusters
Écrit par ELLE.CI
Publié le 23 juin 2018 à 19h44

Hollywood donne plus de place aux femmes

La célèbre franchise qui rassemble les films Ocean's Eleven, Ocean's Twelve et Ocean's Thirteen était majoritairement masculine jusqu'à Ocean's 8. Dans ce spin-off, huit voleuses veulent pénétrer le Metropolitan Museum pendant le Gala annuel du MET, un des événements mode les plus importants de l’année. L'objectif ? Voler un bijou de plus de 100 millions de dollars. Girl power et glamour, la recette du succès semble être réunie. A l'heure du #MeToo et de la dénonciation d'un Hollywood sexiste, des films comme Ocean's 8 ou encore Wonder Woman donnent un espoir de re-féminisation d'Hollywood mais sonnent aussi comme un mea culpa, voire une simple logique marketing (qui sonne faux).

« Si ceci est un monde d’hommes, Hollywood est une ville de femmes, une ville d’Amazones modernes dirigées par de belles femmes astucieuses qui, de leur trône de glamour, déploient via celluloïd leurs standards aux quatres coins de la Terre. Professionnellement, financièrement, socialement, elles dominent Hollywood, et donc l’industrie du cinéma.». Non, vous ne rêvez pas. Ces mots datent de 1934 et ont paru dans le magazine de cinéma Picture-Play. Au début du XXeme siècle, le cinéma était marginalisé dans l'industrie du divertissement mais égalitaire et paritaire. Entre 1911 et 1925, la moitié des films étaient scénarisés par des femmes. Elles exerçaient des métiers de scénariste, costumière, productrice ou monteuse. Depuis, l'industrie du cinéma a bien changé.

Sexisme, harcèlements, discrimination, inégalités sont devenus le lot des femmes dans le cinéma et ce, dans quasiment tous les métiers dans cette industrie. Aussi visibles soient-elles, les actrices sont aussi concernées. Elles ont moins de temps de parole à l'écran, se voient proposer des rôles clichés et même les plus connues d'entre elles ont été victimes de harcèlement.

Octobre 2017. Le monde plonge dans la déferlante de l'affaire Harvey Weinstein. Les scandales Harvey Weinstein, Bill Cosby et bien d'autres ont créé et nourri le hashtag #MeToo qui a libéré la parole sur le harcèlement. En janvier dernier, un journaliste demandait à Sharon Stone si elle avait déja été victime d'harcèlement sexuel. Le rire de l'héroïne de Basic Instinct en disait long. Elle a poursuivi : « Je suis dans ce business depuis près de 40 ans. Vous pouvez imaginer ce que j'ai dû traverser. Avec mon apparence, venant de nulle part en Pennsylvanie... Je suis arrivée sans aucune protection. J'en ai vu de toutes les couleurs.».

Le pouvoir aux femmes dans l'industrie du cinéma

Et si l'industrie cinématographique cherchait à redonner aux femmes leur place ? Après la parole, place à plus de pouvoir. Le girl power et l'égalité des sexes sont des arguments qui séduisent le public. Mais derrière cet argument, il y a son impact. Les femmes sont plus présentes à l'écran et différemment. Elles incarnent des rôles autrefois réservés aux hommes. Des super-héroïnes comme Gal Gadot dans Wonder Woman, des geeks comme Letitia Wright dans Black Panther, huit braqueuses dans Oceans'8. Elles jouent des personnages qui étaient réservés aux hommes et surtout profitent de cette plateforme pour communiquer des valeurs qui cassent les clichés. Gal Gadot prône des valeurs féministes et de battante dans Wonder Woman quand Sandra Bullock souligne la solidarité féminine dans Ocean's 8 : « Dans ce film, on montre des femmes qui prennent soin les unes des autres ».

Le piège du girl power et des déclinaisons féminines

Le temps des femmes faire-valoir de leurs partenaires masculins (James Bond) à l'écran serait - à priori- révolu. La "tendance" est à la féminisation. Féminiser des blockbusters, c'est bien mais le public ne tombera dans le piège du « féminiser pour féminiser ». Après Ghostbusters 3, Ocean's 8, un internaute moque les reboots féminins en suggérant un « women in black ». Hollywood y a même peut-être pensé...Bref, le girl power est un nouvel argument marketing très en vogue dans le monde du cinéma. Pour le public, cet argument peut sonner comme du pipeau marketing ou pire un manque de créativité, parfois à tort ou à raison. Le dernier Wonder Woman a écarté les références lesbiennes qu'on retrouve dans la bande-dessinée. L'histoire de la super-héroïne est guidé par son amour pour un homme et elle ne jure que par Zeus. Du féminisme oui, mais du féminisme marketé et lissé.

Toutefois, à l'écran comme hors-écran, le monde du cinéma se bouscule plus sur les questions de genre. Le jury du Festival de Cannes a donné la primeur aux femmes, les rôles féminins sont plus valorisants et valorisés mais l'industrie est réaliste. Un film,un rôle, un acteur, sera toujours guidé par son potentiel commercial, féminin ou masculin. En 2017, les disparités salariales entre acteurs et actrices sont bien réels même si cette féminisation est un premier pas.