Orphelie Thalmas : Notre riche culture a une référence

L'influenceuse culture

© Ibrahim Canaan
David DOLEGBE
Écrit par David DOLEGBE
Publié le 04 février 2019 à 16h53

L'influenceuse culture

1.      Orphelie Thalmas, vous êtes diplômée en droit international alors que vous travaillez dans le domaine de l’art et la culture urbaine Comment pouvez-vous nous expliquer un tel revirement de situation professionnelle ?

 Ce n’est pas que j’ai renoncé au droit, mais l’art m’a appelé et a su me garder davantage. Je pense que les opportunités par rapport à l’art et à la culture se sont présentées plus facilement que celles autour du droit. J’aime aussi ce domaine donc j’ai accepté l’appel et on vit cette expérience.

2.      Selon vous, quelle est la différence entre l’art et la culture ?

Ce sont deux domaines qui se rencontrent assez souvent. Parce que, la culture c’est déjà tous les aspects esthétiques et intellectuels propres à une communauté. Tous les aspects artistiques aussi, donc là on parle de l’art et du coup, on se rend compte que ce sont des domaines qui se rencontrent. La culture s’exprime la plupart du temps artistiquement. Donc, quand on va vous parler des baoulés, des bétés, des malinkés… on va essayer de parler de leur danse, leur gastronomie, leur façon de se vêtir et tout ceci à un rapport avec une certaine esthétique qui relève de l’art, c’est un enchevêtrement.

La façon dont l’art s’exprime diffère d’une communauté à une autre, et c’est à ce moment là qu’on parle de culture. Donc, quand vous avez une culture différente, votre art va se manifester différemment.

3.      Pourquoi avoir crée Culturiche et quelle est la mission première de cette plateforme ?

Vous le savez certainement, je suis blogueuse culturelle depuis 2012. J’ai eu la chance d’avoir des prix, de gagner la confiance de promoteurs cultures et de devanciers. Cela m’a encouragée un moment à me dire : “Il faut que je me structure”. Ajouté à cela, vous avez un boulot, un emploi du temps qui devient compliqué et vous ne pouvez plus produire autant de contenus que vous voudriez. Alors, vous vous dîtes : “Pourquoi ne pas constituer une équipe, devenir un webzine ?”. Culturiche est donc la continuité de mes activités de blogueuse. Créer une vraie économie pour faire toujours mieux. C’est comme cela qu’on n’est parti du blog à un webzine.

4.      Comment arrives- tu à gérer le média (Culturiche) et ton boulot ?

 J'ai trouvé les mécanismes. Il faut déléguer à un moment et trouver des valeurs, des personnes qui comprennent la vision, qui y adhèrent et qui sont capables de gérer les choses que vous ne pouvez pas gérer. J'ai aussi appris à trouver les bonnes personnes, à leur communiquer ma vision. C'est comme cela que j'arrive à gérer les choses.

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"Culturiche est la continuité de mes activités de blogueuse"

5.      Quelle lecture faites-vous du secteur de l’art et de la culture en Côte d’Ivoire ?

 Je trouve que ce secteur bouge vraiment actuellement. Il y'a des talents autant qu'auparavant sauf que le digital est arrivé et il a décentralisé la médiatisation. Aujourd'hui, on a plus besoin de courir derrière un média classique, on peut faire son auto promo en ayant des réseaux sociaux ou un blog dans lequel on diffuse son travail, sa création. En Côte d'Ivoire, on a bien assimilé le digital, les jeunes ont bien compris comment il fonctionne. Je prends pour exemple Obou Gbais, Mounou Désiré qui savent comment communiquer sur le digital pour mettre en avant leur travail au point d'intéresser spontanément des médias classiques.

Il y'a vraiment du talent dans notre pays, et des espaces qui ouvrent pour leur permettre de s'exprimer (galerie d'art et salles de spectacles) et c'est vraiment top. Oui, Il y'a une vraie effervescence en Côte d'Ivoire et surtout à Abidjan.

6.      Comment expliques-tu la carence de la gent féminine dans le domaine de l’art de façon particulière ?

 La carence en terme de visibilité mais pas en terme de matière. Je ne veux pas faire de généralité mais les quelques unes que j’ai connues ou découvertes sont super talentueuses mais étrangement réservées. Peut être parce qu’on a encore cette culture de l’homme qui saurait davantage s’imposer dans un milieu que la femme et que nous les femmes nous avons inconsciemment cette idée de laisser les hommes occuper l’espace. Mais en terme de matière, il y en a, c’est le reflet de cette matière qui ne se ressent pas.

7.      Y’ a-t-il des évolutions et des avancées concrètes de la place de la femme dans ce domaine ?

 Effectivement, il y’a des avancées. Déjà, il y’a des femmes qui inspirent et cela est très important. Comme Joana Choumali qui fait le tour du monde et qui nous représente avec éclat à travers le monde, inspire les plus jeunes. Souvent, quand je discute avec celles qui sont à L’INSAAC ou qui sont autodidactes, elles vont évoquer cette dernière, Malthide Moreau qui est la directrice de cet établissement et aussi artiste peintre, Ly Lagazelle et bien d’autres...Toutes ces femmes sont finalement inspirées par les devancières qui ne sont pas tellement nombreuses mais qui excellent. Quant une femme se fait remarquer dans l’art, elle explose.

8.      Des femmes ont-elles été au centre de ces changements ? Peut-on avoir des  exemples ?

 Ce ne sont pas seulement des femmes artistes mais aussi les galeristes. Quand vous regardez les galeries d’art, vous avez Simone Guirandou, Cécile Fakhoury, Illa Ginette Donwahi… On se rend compte finalement quand on observe que ce sont elles qui sont au devant de la chose et font bouger les lignes. Oui, les femmes sont au cœur de cette dynamique autant artistes, galeristes et promotrices.

Image 1 : © Ibrahim Canaan

Image 2 : © Bissiriou

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