Le Vohu-Vohu au secours de l’immigration clandestine

Un rappel à l’ordre des maîtres Vohu

© Galérie Houkami Guyzagn
David DOLEGBE
Écrit par David DOLEGBE
Publié le 06 août 2018 à 11h25

Un rappel à l’ordre des maîtres Vohu

C’est la première fois que Youssouf Bath et Kra N’Guessan présentent une exposition collective en Côte d’ivoire, leur pays d’origine. Depuis le 26 juillet et ce, jusqu’au 26 août 2018, les deux artistes peintres et pionniers du Vohu-Vohu interpellent sur l’immigration clandestine à travers une exposition à la Galerie Houkami Guyzagn.

Youssouf Bath et Kra N’Guessan sont incontestablement les précurseurs du Vohou-Vohou, ce courant artistique né en Côte d’Ivoire de façon boiteuse dans les années 70. Les deux frères académiques, surtout des références de l’art en Afrique, ont accordé une fois de plus leurs pinceaux pour lancer un message autour du thème « Diaspora et immigration ».

Le vernissage a réuni une foule d’invités venus admirer ces tableaux aux créativités solutionnelles. Pour avoir vécu en France et moulés à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts où ils ont fréquentés en tant qu’étudiant, ces deux artistes connaissent bien cette réalité déplorable toujours d’actualité. C’est donc en bons maîtres qu’ils portent un regard critique sur la société et sur la place des jeunes Africains dans la mondialisation.

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© Galerie Houkami Guyzagn

Ainsi, ils nous invitent à travers une série de toiles, à découvrir leurs expériences respectives à la fois communes et individuelles de l’immigration. L’occasion a même été donnée pour débattre sur le sujet : « C’est déplorable lorsque je constate les difficultés de certains amis ou connaissances qui aurait pu avoir une meilleure vie s’ils étaient restés au pays » indique Kra N’Guessan. Lui qui a choisi de vivre et travailler à Paris où il est chargé de cours d’Anthropologie de l’Art.

Voir les œuvres de Bath et Kra est un forcément un exercice qui appelle une disposition mentale et intellectuelle particulière du fait, que les œuvres sont chargées de savoirs, notamment de signes, de symboles religieux, de masques, d’animaux sacrés placés dans une posture poétique qu’il faut décoder pour en extraire la substance. Bien entendu, ces formes d’expression n’ont pas caché le message qui, quant à lui n’est pas resté dans le fourre-tout que caractérise ce style d’art.

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© Galerie Houkami Guyzagn

Malgré le fait qu’ils soient aujourd’hui très âgés, les maîtres du Vohu-Vohu rassurent que leurs œuvres portent des vérités actuelles même si, leur art se présente comme un assemblage de n’importe quoi. On y voit bien souvent, des collages de plusieurs objets. A l’exemple même de « Diaspora et immigration », cette exposition qui rompt avec le style occidental comme ils l’ont fait officiellement en 1985 en créant ce courant qui revendique une esthétique négro-africaine.

Aujourd’hui, ils tentent de convaincre les jeunes que le paradis c’est ici. En rappelant à rappel à l’ordre le continent africain qui, regarde tragiquement ses enfants mourir dans les eaux occidentales, à la quête de l’eldorado.

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© Galerie Houkami Guyzagn

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