L'interview culture de Kaïdin le Houelleur

Kaïdin raconte l'art des enseignes

L'interview culture de Kaïdin le Houelleur
jessica brou
Écrit par Jessica
Publié le 24 Mai 2017 à 11h24

Kaïdin raconte l'art des enseignes

Á l'occasion de la sortie de son livre « Vene'z Y voir la Côte d'Ivoire » créé avec le photographe de pub Uwe Ommer, Kaïdin Le Houelleur s'est confiée à nous. «Vene'z Y voir la Côte d'Ivoire», c'est la Côte d'Ivoire racontée par ses enseignes ! Femme de culture, promotrice de l'art et véritable touche à tout, elle nous raconte sa connexion à l'art, son parcours en Côte d'ivoire mais aussi les réalités des artistes ici.

Bonjour Mme Le Houelleur, vous avez sorti le livre «Vene'z Y voir la Côte d'Ivoire», pourquoi faire un livre sur les enseignes ?

Ce livre montre, non seulement, un art populaire original très vivant des années 80 à 2000, un moyen de communiquer par l’image souvent par des phrases pleines d’humour comme « au bar la providence , la bière est providentielle » et bien d’autres… Très intéressé également par cet art de la communication, Uwe Ommer [ndlr : le photographe] a fait des parcours dans le pays pour fixer des images qui furent montrées au Centre Georges Pompidou lors d’une exposition que j’avais organisée en 88 « La Côte d’Ivoire au quotidien » où étaient présentés, des artistes Ivoiriens, peintres, cinéastes, l’histoire d’Assinie par la Grande Chancelière Madame Henriette Dagri Diabaté, passionnante Historienne .

Pour vous, qu'est-ce qu'elles racontent de la Côte d'Ivoire ?

C’est une forme d’histoire du pays, le début de la communication par les images, par exemple des coiffeurs, on se rend compte que les messieurs prenaient un grand soin de leur apparence, de leur présentation… La vie devenait urbaine, les dames aussi, les tailleurs rivalisaient de slogans comme « les jalouses vont maigrir » avec une superbe enseigne peinte sur un mur d’une belle femme dans un beau pagne ! Puis d’autres vantant les mérites de tel menuisier ou mécanicien … c’est une manière de mettre les métiers en valeur, le savoir-faire des artisans.

Couverture et 4 e_me de couverture Livre Enseignes

Au fil des pages de «Vene'z Y voir la Côte d'Ivoire», on découvre ou redécouvre le nouchi...Parlez-vous le nouchi ?

Je ne parle pas nouchi, hélas ! Seulement quelques mots, mais j’approuve totalement ce langage urbain, typiquement Ivoirien, évolutif, une véritable création Ivoirienne , où se mêlent des mots de dialectes du pays ainsi que de l’anglais, « on va s’enjayer » du mot enjoy, « fo fè chap chap on va go » dépêchons nous , « se como moro » comment vas-tu ? - « ya foy » ça va. – « dogo sœur » petite sœur. On dit même que maintenant, il y a des mots chinois .

En quelle année êtes-vous arrivée pour la première fois en Côte d'Ivoire ?

Je suis arrivée dans les années 82 /84 !

Comment êtes-vous tombée amoureuse de la Côte d'Ivoire ?

J’ai apprécié l’accueil des Ivoiriens, leur humour, la situation géographique d’Abidjan avec ses lagunes, la mer, cette Venise Africaine, ses forêts, l’histoire passionnante du pays, déjà très engagé dans la modernité.

Quel a été le déclic qui vous a poussé à vous lancer dans l'Art avec un grand A ?

L’ Art était en moi. Dès l’enfance j’étais attirée par l’Art, je dessinais beaucoup. Venant d’Asie, j’étais fascinée par les estampes, j’en reproduisais, une manière de retrouver mes origines. J’ ai été initiée très jeune aux courants artistiques, en visitant des expositions, lisant beaucoup sur l’art . Mon mari m’a beaucoup encouragée, soutenue et même ayant des enfants. Je suis allée par exemple en Italie sculpter le marbre durant plusieurs années, travailler dans des ateliers connus et près de célèbres sculpteurs qui m’ont encouragée.

« Il faut y croire !!! Il est vrai que les femmes ont dû plus se battre pour créer, se faire accepter dans l’art, de tout temps, mais il y a de nets progrès ! »

Vous êtes artiste dans un pays où cette activité n'est pas assez représentée, quels challenges rencontrez-vous en tant que femme de culture ?

Même s’il y a encore beaucoup à faire, il y a de réels progrès sur le plan culturel, j’ai pu assister à la progression de la sensibilisation à l’art, en plus de l’ INSAC, des lieux privés... Il faut y croire !!! Il est vrai que les femmes ont dû plus se battre pour créer, se faire accepter dans l’art, de tout temps, mais il y a de nets progrès !

Quelles sont les conditions pour qu'un ou une artiste puisse vivre de son art ?

Non seulement beaucoup travailler, créer mais aussi se remettre en question, être curieux, ne pas avoir peur d’essayer d’autres moyens d’expression , ne pas se complaire dans un acquis même si sur le moment cela marche bien… oser ! Oser aller au-delà des acquis, oser se « déséquiibrer ».

Quelles ont été les rencontres les plus marquantes de votre carrière jusqu'à maintenant ?

J'ai eu la chance de rencontrer et recevoir chez moi de grands artistes comme Jean Michel Basquiat auquel j’ai fait découvrir la Côte d’Ivoire, Miquel Barcelo le grand peintre Espagnol, et bien d’autres artistes comme Gerard Fromanger, Alain Jouffroy , Alain Borer...

Et les moments les plus marquants de votre carrière ?

Avoir réalisé de grandes œuvres comme l’Offrance, sculpture en marbre pour la Cathédrale St Paul d’Abidjan, et autres œuvres monumentales qui sont dans Abidjan et à l’étranger...Avoir été la LAUREATE du PAVILLON de l’AFRIQUE à l’exposition UNIVERSELLE 2000 à Hanovre, avec une sculpture de 17 mètres de haut « SYMBOL OF LIFE ». Avoir pu participer à des grands salons d’art contemporain internationaus. Avoir été Décoréé et avoir exposé chez Chanel Tokyo en 2013 pour « Jeux de mains », les petites mains du Luxe.

Avoir fait du Land Art notamment dans la Forêt de Taï , patrimoine de l’humanité pour le livre « Forêts secrètes, secrets d’eau ». Après avoir fait un voyage de créations d’Abidjan à Tombouctou – pour le livre « De Sable d’Eau et de Sel ».

La création d'un monument pour la Paix - l’ARBRE DE LA RENAISSANCE - pour le nouveau rayonnement de la Côte d’Ivoire avec Mr Bert Koenders, en 2013.Et avoir été décorée Chevalier de l’Ordre du Mérite par la France par Laurent Fabius pour mon travail et mes actions culturelles en Afrique.

expo chanel

Quels conseils donneriez-vous à la relève artistique africaine ?

De l’audace, de la constance. De ne pas se laisser décourager, persévérer dans tous les domaines de l’art. Chercher à toujours à faire mieux et différemment aussi…

Quelle est la dernière fois que vous avez été en panne d’inspiration ?

Cela peut arriver mais très rarement ! Je cherche une autre manière, une autre solution, j’expérimente sans hésiter ! Aussi, je ne me souviens pas avoir été en panne d’inspiration !

Comment faites-vous pour y remédier ?

Comme je le dis plus haut, je n’hésite pas à me remettre en question, j’aime aussi apprendre d’autres techniques, tenter, expérimenter. Je suis très exigeante avec moi-même.

«J’aime bien être confrontée au temps, la vraie création est dans « l’instant subi » comme une révélation. »

Vous êtes une artiste très polyvalente, que nous réservez-vous dans les prochains mois ?

Des œuvres d’art plastiques bien sûr. Je crée en ce moment des œuvres photographiées sans appareil photo...Seulement avec le soleil ! L’écriture me tente. Je souhaite éditer mes carnets de voyage à éditer, continuer le Land art, une forme d’improvisation dans la nature avec la nature qui me passionne... La nature m’inspire beaucoup. J’aime bien être confrontée au temps, la vraie création est dans « l’instant subi » comme une révélation. J'ai appris cela d’un poète japonais du XVII ème siècle, Matsuo Bashô.