Frontières, le road movie féministe et citoyen

Bientôt en salles ! 

Frontières, le road movie féministe et citoyen

© DIFFA

jessica brou
Écrit par Jessica
Publié le 28 septembre 2017 à 16h57

Bientôt en salles ! 

C'est un sujet peu évoqué dans le cinéma africain qu'Apolline Traoré a décidé de porter dans son film « Frontières » : la libre circulation des hommes et des biens. Á travers « le combat des femmes commerçantes et les risques qu'elles prennent pour braver la route pour un lendemain meilleur », Apolline Traoré soulève les dangers et vices qu'on peut rencontrer aux frontières dans l'espace CEDEAO notamment la « corruption, les braquages, vols, viols, trafic de médicaments et l'abus de pouvoir des corps habillés ».

Le scénario est né des histoires des femmes commerçantes qu'entendaient Apolline Traoré. « Je n'avais jamais pris le bus mais j'entendais les femmes raconter leurs périples sur ces trajets. J'ai fait des interviews et fait le scénario assez naïvement ». La réalisatrice burkinabé est allée plus loin puisqu'elle a traversé plusieurs frontières en car pour être au immergée dans ces réalités que racontent le film. « On a traversé six pays et ce que j'ai vu m'a catastrophé. C'est grâce à cette expérience que j'ai réadapté le scénario qui de départ qui était assez naïf.».

Amélie Mbaye, Naky Sy Savané, Unwana Udobang et Adizétou Sidi incarnent à l'écran ces femmes en quête d'une avenir meilleur. « Les femmes sont plus vulnérables sur la route [que les hommes] par rapport à beaucoup de choses. Et le fait d'aller sur la route, de laisser sa famille, casse le cliché que la femme africaine qui doit rester à la maison.». Ces femmes, pour la plupart commerçantes, « perdent de l'argent contraintes de soudoyer les douaniers » mais continuent ces trajets pour la « prendre leur destin en main » confie Apolline Traoré.

« Ils nous voyaient faire le tournage de loin mais ne pouvaient pas se plaindre car nous n'étions pas sur leur territoire.».

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Anecdote intéressante. L'équipe a rencontré certains travers que dénoncent « Frontières ». « Quand on arrive au Nigeria, c'est tout un monde différent. Malgré nos autorisations, ils [les garde-frontières] voulaient qu'on attende deux jours de plus avant de traverser ce qui n'est pas possible pour un tournage. Après toute une journée de négociation on me demande de payer.». Chose que la réalisatrice a refusé car cela « aurait brisé l'âme du film ». Finalement, le tournage s'est fait au Bénin et proche de la frontière nigérianne, avec un drapeau nigérian. « Ils nous voyaient faire le tournage de loin mais ne pouvaient pas se plaindre car nous n'étions pas sur leur territoire.».

« Si une masse dit non, ils ne pourront pas faire grande chose.»

Avec beaucoup d'humilité, l'ambition de « Frontières » n'est pas forcément de changer tout ce système du jour au lendemain mais d'informer les citoyens de la CEDEAO sur leurs droits et les inviter à dire « non » aux abus. « Si une masse dit non, ils ne pourront pas faire grande chose.». Ce film est également une invitation au voyage et à la découverte de la diversité de paysages ouest-africains.

Á partir du 20 octobre aux cinémas Majestic.