Ces écrivaines qui embellissent notre patrimoine culturel

Femmes de lettres

Ces écrivaines qui embellissent notre patrimoine culturel

©chimamanda.com/@tonimorrisonfilm/mondeenvf.com

Aurélie Kouman
Écrit par Aurélie Kouman
Publié le 25 août 2019 à 15h33

Femmes de lettres

Virtuoses de l’écriture, ces femmes ont changé la face des sociétés d’Afrique et du monde grâce à leurs regards et plumes bouleversantes. Questionnant la société, retraçant l’histoire pour la replacer, les oeuvres qui les accompagnent sont de véritables cadeaux de civilisation.

L’autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie

On ne tarit pas d’éloges au sujet de Chimamanda Ngozi Adichie. À 41 ans, l’auteure multi-primée rayonne sur le continent africain et dans le monde. Et pour cause. Conteuse des temps modernes, son talent délie la complexité de l’histoire du Nigéria son pays d’origine, mais embrasse également avec subtilité les problématiques liées à la femme, à l’identité, au corps, à la «race», à la domination. Alors oui une icône, certes. Cependant il est hors de question pour elle d’être labellisée ou « de limiter ses engagements », tel qu’on peut le lire dans une interview accordée à un magazine féminin il y a quelques mois.

L’autre Moitié du Soleil qu’elle publie en 2006 est un récit fictif prenant place sur des évènements tristement réels. Il s’agit de l’histoire d’Olanna et Kainene, deux soeurs séparées durant la guerre du Biafra causant plus d’un million de victimes dans le Nigéria de la fin des années 60. Primée du « Orange Prize Fiction », l’une des plus prestigieuse récompenses du Royaume-Uni et adaptée au cinéma huit ans plus tard, ce second roman d’Adichie ne se contente pas de raviver la flamme d’un conflit oublié : il tisse la réflexion sur l’âme humaine et fait vivre dans les personnages dépeints les concepts d’espoir, de survie, d’amour, et de résilience.

Capture d’écran 2019-08-25 à 14.09.42

@chimamanda_adichie

 

Beloved de Toni Morrison

Oeuvre inscrite parmi les 100 meilleurs livres de tous les temps par le Cercle Norvégien du livre et également primée du prix Pulitzer l’année de sa sortie, Beloved fait partie des nombreux écrits remarquables de l’écrivaine Toni Morrison décédée ce 5 août dernier.

Le roman tire quelques souffles d’inspiration dans l’histoire vraie de Margaret Garner, une esclave africaine-américaine connue pour avoir tué sa fille plutôt que de la laisser devenir esclave. Toni Morrison incise le thème de l’esclavage aux États-Unis, tout en approfondissant avec délicatesse l’amplitude de la personnalité de ses personnages. Par ailleurs, Beloved parue en 1987, constitue avec les oeuvres Jazz et Paradis une trilogie de récits, extrayant dans l’expérience africaine-américaine une multitude de questionnement en passant par la quête de la liberté, à la découverte de soi.

Capture d’écran 2019-08-25 à 14.17.55

@tonimorrisonfilm

 

Ségou de Maryse Condé

Nous sommes en Afrique de l’Ouest, au 18 ème siècle. La ville de Ségou, épicentre de la société bambara est sur le point de vivre une importante altération culturelle et religieuse qui ne la laissera pas indemne. En son sein, la puissante famille Traoré s’apprête à en être vivement marquée. La ville malienne se fera témoin en deux siècles de l’islamisation de sa société, de la période esclavagiste et du début de la colonisation française.

Racontant ce vent nouveau qui bouleversa la civilisation africaine, Maryse Condé immisce l’oeil du lecteur à regarder vers le passé afin de mieux comprendre le présent. Roman historique en deux tomes qu’elle publie en trois ans d’intervalles -le premier en 1984-, Ségou participe à la renommée de Maryse Condé en tant que monument de la littérature afro-caribéenne et mondiale. Cette ex-professeure de littérature, journaliste à la British Broadcasting Corporation (BBC) et à Radio France International (RFI) obtient le prix Nobel alternatif de littérature en octobre dernier.

Capture d’écran 2019-08-25 à 14.21.42

 

Une Si Longue Lettre de Mariama Bâ

Si la carrière littéraire de la femme de lettre dakaroise est très courte, l’impact de sa seule oeuvre publiée en 1979 retentit encore dans la pensée africaine et mondiale. Ce roman sous forme d’échanges épistolaires entre Ramatoulaye et Aïssatou deux amies de longue date, permet d’aborder les évènements de la vie de deux femmes mariées sous parfum de volonté d’indépendance féminine. Honorée du prix NOMA de publication, l’oeuvre de Mariama Bâ est jusqu’aujourd’hui étudiée au sein des programmes scolaires sénégalais.

Abordant certains thèmes considérés comme tabous dont la polygamie, ou encore le mariage par intérêt, Une Si Longue Lettre est un découpage intellectuel des traditions culturelles et sociales africaines, mettant en perspective les concepts d’aliénation et d’émancipation humaine.

Capture d’écran 2019-08-25 à 15.01.54

©Africavivre