Cassie Jale : Le combat de cet artiste multidisciplinaire

Les vis’Art’ges de Cassie !

Cassie Jale : Le combat de cet artiste multidisciplinaire
David DOLEGBE
Écrit par David DOLEGBE
Publié le 10 février 2019 à 23h35

Les vis’Art’ges de Cassie !

“Welcome to my sunny day”, un classique du musicien dAkon qui nous plonge dans une ambiance assez détendue, sauf qu’il n’y avait pas de soleil mais plutôt une artiste qui ensoleille la toile par ses oeuvres assez crues avec des personnages dénudés et l’hospitalité et la sensibilité d’une artiste : Cassie Jale. Ses multi-facettes artistiques, le combat de ses pinceaux et les influences de sa vie de femme, Cassie nous le raconte dans cet interview que nous lui avons accordé.

1.       Cassie Jale on vous sait Peintre, fashion designer, accessoiriste, écrivaine et directrice artistique, pour ceux qui ne vous connaissent pas quel est le profil dans lequel vous vous définissez concrètement ?

Pourquoi me définir par un seul titre pendant que l’Art me permet de m’exprimer, et de me réinventer en permanence ? Je suis quelqu’un de créatif; tantôt peintre, tantôt Fashion designer,  directrice artistique, réalisatrice, écrivaine, et pourquoi pas poétesse, actrice etc… Je suis Artiste.

C’est une grâce divine de pouvoir créer à partir de rien, je n’oserai avoir la prétention de m’enfermer dans une case. Tout l’intérêt réside dans la pertinence et la qualité des divers projets que je vous proposerai tant que Dieu me donne la santé, l’inspiration et la ténacité nécessaire pour toujours plaire à mon public.

2.       Pourquoi avoir choisi « Cassie Jale » comme nom d’artiste et d’où cette dénomination provient-elle ?

Cassie Jale me vient d’une série anglaise très connu [SKINS]. Cassie et Jalander appelée Jale par ses proches en sont des personnages. Je me suis retrouvée en ces deux être fictifs et dès lors que la question du pseudonyme s’est posée ce fut une évidence pour moi, comme un moyen d’exprimer une identité que je n’arrivais pas encore à assumer. J’ai également trouvé très intéressant la ressemblance sonore que l’on perçoit entre jail et jale, le premier signifiant prison en anglais.

3.       Quelle est la discipline dans laquelle vous évoluez en tant qu’artiste ?

Je dirais la Création. Je ne me mets aucunes limites afin de dépeindre mon monde de la manière la plus complète et réaliste possible. Mon imagination me permet de décliner une idée à travers de nombreux concepts englobant : peinture, création de vêtement, écriture, accessoires et bijoux. Sans oublier la musique et le cinéma… L’art est tellement riche; pourquoi se cantonner à une discipline pendant que cet univers nous permet d’en explorer mille et un à la fois.

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4.       On remarque que vous travaillez beaucoup sur la thématique de la nudité de la femme, quel est le message que vous véhiculez derrière ce travail ?

Le concept même de nudité pour moi est à appréhender d’une manière très philosophique. En effet, comme la pudeur, la nudité est perçue de plusieurs manières différentes suivant des variables telles que la culture, l’espace géographique ou encore l’appartenance sociale. C’est un bon moyen pour moi de dépeindre sans tabou nos réalités et quelque part faire un pied de nez aux moralisateurs tout en réconciliant les plus récalcitrants avec leur véritable nature. Il est très important de comprendre, analyser avant de juger.

Le message est clair et sans fioritures : la femme africaine a évolué avec son temps, elle doit être comprise et acceptée avec ses défauts, qualités et être à même d’exprimer toutes ses émotions sans avoir peur du “qu'en dira-t-on ?”

5.       Cette thématique dans lequel vous vous inscrivez est-elle une manière pour vous de vous engager dans une lutte qui vous tient particulièrement à cœur ?

Tout à fait ! C’est tout l’intérêt d’être jeune femme, africaine, artiste et de pouvoir décrier les maux qui minent la société et nuisent à l’épanouissement personnel de la jeune femme africaine trop souvent stigmatisée ou sous le joute de concepts moraux désuets.

Je veux lui donner de la voix, de la puissance. Ainsi, très loin des idées reçues, j’use de celle-ci afin de mettre en lumière son caractère spirituel, sa beauté, tout en accentuant sa complémentarité avec la vérité. Je me livre à travers des œuvres toutes aussi crues que vraies, l’important pour moi étant de me faire comprendre. Une création qui ne suscite aucune émotion, aucun questionnement ne peut être appelée œuvre.

Je ne prétends pas avoir la vérité absolue, j’essaie juste d’être l’une des porte-paroles des sans-voix. Ma nouvelle série est d’ailleurs consacrée aux violences faites aux femmes. J’espère qu’après l’avoir vu, au moins une femme ayant un jour subi l’une des injustices représentées se sentira comprise.

6.       Quelle lecture faites-vous de la place de la femme dans le domaine de l’art en Côte d’Ivoire ?

Comme partout ailleurs, la femme a toujours eu une place très importante dans l’art. La Côte d’Ivoire n’est pas une exception. Que ce soit comme muse, modèle, créatrice, révolutionnaire ou encore business women. Les femmes ivoiriennes ont toujours fait preuves d’un très grand dynamisme et professionnalisme.

Parées de leur esthétisme, franc-parler mais aussi d’une certaine classe et force à l’ivoirienne, elles s’inscrivent dans une logique de pérennité, avec des approches très variées mais concrètes. La femme ivoirienne voit les choses en grand.

Il est clair que le domaine de l’art est très réglementé mais la femme n’est-elle pas le socle de tout ?

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Une oeuvre de la nouvelle série de Cassie Jale. Elle dénonce le fléau de l’excision des jeunes filles, pratique encore courante et morbide en Côte d’Ivoire © David

7.       Avez-vous des femmes qui vous inspirent ? Si oui, quelques exemples ?

Je n’ai pas eu besoin d’aller loin pour trouver des sources d’inspirations. J’ai tellement d’exemples de femmes qui m’inspirent qu’il m’est difficile de ne vous en citer que quelque unes. Je vais donc essayer même si je pense qu’un article ne serait pas suffisant pour rendre hommage à ces femmes qui de par leurs particularités m’ont aidé à m’affirmer.

Ma mère est pour moi La définition même de la femme africaine, de la force, combativité et du courage, je lui rends d’ailleurs hommage dans ma nouvelle série de toiles… Dieu m’a béni, et je le remercie au quotidien pour sa vie.

Ayla Nguyen, mon amie, ma conseillère, une femme de poigne. Aicha Koné, mon soutien inconditionnel, une femme d’une grande sagesse.

WERE WERE LIKING, quelle femme ! Je ne me lasserai jamais de raconter comment elle m’a permis de réaliser qu’il n’y a aucunes limites, je rêve de suivre ses traces en ouvrant un jour si Dieu le veut mon école d’art.

Nicole Amien, qui m’a permis de déambuler dans son atelier et rêver d’un jour pouvoir créer des pièces pleines de beauté et poésies, participer à des défilés de mode comme Fashion designer.

Patricia Kalou , Isabelle Anoh, Aya Konan, pour leur leadership sans égale, Edith Brou, business woman 2.0. Ivorian Melanin, une des femmes chorégraphes ivoirienne qui représente pour moi l’essence même de la beauté et sensualité de la jeune femme africaine citoyenne du monde…

Mais aussi toutes ses sœurs que Shayden, femme de conviction, fondatrice du Lili women m’a permis d’avoir ; Sarai, Jahelle, Tyranne, Koudy, Ly lagazelle, Amee, Aida Sock. Outre nos frontières : Geneviève Nnaji, Christie Brown…La liste est longue. (Rires)

8.       Qu’est ce vous pouvez dire à toutes ces femmes qui hésitent à mettre en avant leur talent d’artiste ?

Il n’y a pas lieu d’hésiter. Il faut juste se munir d’armes essentielles à la réussite et être vrai. Dieu, la passion et une abnégation sans faille, un plan bien mûri et une bonne dose d’audace. Pour le reste à chacun son destin. Enfin, toujours se lancer par amour, PASSION encore et toujours. Être artiste est une vocation, elle nécessite dévouement et implication totale.

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