Rencontre avec Elie Kuame

Entretien avec l'enfant du pays.

Elie Kuame
Écrit par ELLE.CI
Publié le 17 février 2017 à 19h28

Entretien avec l'enfant du pays.

Directeur artistique du salon Beauty Color Africa, qui avait lieu la semaine dernière, Elie Kuame s'est confié à la rédaction sur sa dernière collection "Hyper Femme", ses projets et son amour de la mode. 

Quand es-tu tombé de la mode ? Coup de foudre ou dans le temps ? 

Cela s'est fait dans le temps. J'adorais voir ma mère se préparer pour les mariages. A l'époque on parlait de "toilette". J'ai commencé à avoir cette attention pour le beau. Ma mère a toujours veillé à ce que je sois dans un environnement soigné. Après un an de sciences économiques et sociales à Paris, j'ai décidé d'arrêter ce cursus, très ennuyeux en ce qui me concerne. J'ai cherché ce qui me donnait envie me lever le matin. 

Tu étais le directeur artistique du salon Beauty Color Africa ? Selon toi, quel est le rapport entre la mode et la beauté ? 

Il n'y a qu'un seul pas entre la mode et la beauté. La beauté fait partie de la mode et vice versa. Quand Marina (créatrice du salon) m'a annoncé que j'avais été choisi comme directeur artistique du salon Beauty Color Africa, cela a été une belle récompense. Je suis fier d'avoir été sélectionné ailleurs pour faire ce que je sais faire dans mon pays. 

Qu'est-ce qui t'as motivé dans le projet Beauty Color Africa ? 

Le fait que ce soit dans mon pays. L'objectif du salon, son concept, les enjeux et le challenge ! Je suis quelqu'un qui s'implique toujours à 200% dans un projet. Je connais Marina depuis un certain temps et elle m'a donné carte blanche. Je le fais par passion ! C'est une belle récompense de venir enfin dans mon pays pour montrer ce que je sais faire au-delà de Blackamorphoses, mon émission de relooking. Être au sein même de cette mouvance, pour moi c'est génial. On a ouvert depuis 2 mois la boutique Elie Kuame, pouvoir joindre mon image de directeur artistique est une belle opportunité. C'est un vrai symbole pour moi.

"[Hyper Femme] rend hommage à toutes ces femmes qui se lèvent pour construire leur avenir, leurs ambitions et qui montrent au monde ce qu'elles peuvent faire. Il était temps de parler à ces femmes et de ces femmes."

Tu auras l'occasion de révéler l'intégralité de ta collection "Hyper Femme". Qu'est-ce qui t'a inspiré cette collection ? 

Cette idée a surgi quand j'ai rencontré des dames qui tissaient le Faso Dan fani (textile Burkinabé) à Ouagadoudou pendant le tournage de Blackamorphoses. La collection est née rapidement dans mon esprit. Cette rencontre avec ce collectif de femmes m'a bouleversé. Il a été initié par Thomas Sankara mais après sa disparition, ce collectif a été quasiment laissé à l'abandon. Quand j'ai découvert cette matière aussi qualitative et aussi noble, il a été hors de question que je parte sans rien faire. je me suis immédiatement. Cette collection rend hommage à toutes ces femmes qui se lèvent pour construire leur avenir, leurs ambitions et qui montrent au monde ce qu'elles peuvent faire. Il était temps de parler à ces femmes et de ces femmes.

11-min

Parlons de toi....Si tu devais retenir 3 moments clés de ta carrière. 

Lagos Fashion Week, New York Fashion Week et mon expérience en Chine qui été désastreuse mais qui m'a appris énormément de choses. J'avais beaucoup de responsabilités mais je ne m'épanouissais pas. Je préfère travailler pour mon entreprise Elie Kuame

"J'aime Loza Malhéombo pour ce qu'elle représente pour la Côte d'Ivoire et la jeunesse africaine. "

Quels sont les créateurs qui t'ont influencé ?

J'aime beaucoup John Galliano qui a réussi à donner à la maison Dior ses lettres de noblesses. Il a mixé les codes de la maison Dior avec son grain de folie. C'est un génie. J'aime beaucoup Monsieur Elie Saab. C'est le maître de l'orient. Il arrive à donner un raffinement, qui n'a pas de synonyme, à tout ce qu'il touche. Oscar de la Renta pour la finesse de ses lignes. J'aime Loza Malhéombo pour ce qu'elle représente pour la Côte d'Ivoire et pour la jeunesse africaine. J'adore Monsieur Yves Saint Laurent. J'aime tout court, il n'y a pas d'autres mots. 

Tu as beaucoup de projets. Beauty Color Africa, l'ouverture de ta boutique. Que nous réserves-tu d'autre en 2017 ? 

Avec la collaboration d'une personne, on a envie d'ouvrir un centre de création avec un pôle formatif. On espère que ce projet aboutira en 2017. Ce n'est pas une école mais un atelier de production qui servira aux différents points de vente. On fera une formation de 6 à 9 semaines à quelques personnes. Celles qui auront été sélectionnées se verront se faire un offrir un poste en couture... On donnera la possibilité aux gens de se former et de parfaire leur technique pour produire des créations qui iront à Johannesburg, Lagos... Je veux "upgrader" la production locale. Je fais mes vestes dans les mêmes ateliers que la maison Balmain et je souhaite qu'il y ait à Abidjan le même niveau d'expertise. 

"J'espère que je serai dans me case et continuerai de faire mon métier."

Elie Kuame dans 10 ans ? 

J'espère que je serai dans me case et continuerai de faire mon métier. Je n'ambitionne pas de devenir hyper célèbre. J'ai pour ambition de créer une industrie qui va donner la possibilité à mes compatriotes de révéler des talents, de travailler et de créer des emplois. Voilà mon ambition.

Les concepts africains et notre savoir-faire (les sapeurs, Loza Malhéombo, les tissus africains...) séduisent de plus en plus et se retrouvent sur la scène internationale. Comment l'expliques-tu ?

Cela a toujours été comme ça. Nous ne nous rendions pas compte de la force de notre culture, de la force de notre savoir-faire. Nous sommes dans un pays truffé d'artisans. Nous avons a toujours eu ce savoir-faire mais pensions être mieux habillés dans des marques occidentales. Aujourd'hui, la communication a un impact énorme sur tout un chacun. Les images parlent aux gens et sont très fortes dans notre manière de nous comporter et de nous vêtir. Nous avons eu de nouveaux repères pour consommer ailleurs. L'Afrique a toujours beaucoup influencé les reste du monde. La peau noire absorbe tellement de choses et renvoie tellement de lumière que cela interpelle les autres. C'est bien qu'on se rende compte de notre force.