Mannequin en Côte d’Ivoire : les réalités d’une profession précaire

Il faut tout réorganiser

Mannequin en Côte d’Ivoire :  les réalités d’une profession précaire

© Shutterstocks

Écrit par ELLE.CI
Publié le 27 novembre 2018 à 13h54

Il faut tout réorganiser

Si la mode ivoirienne souffre de l'exportation insuffisante, des problèmes d'industrialisation, de plateformes, le mannequinat reste encore précaire. Muses de créateurs, rois des podiums, ambassadeurs de marques…. Ils bénéficient d'une exposition qui pourrait faire rêver plus d’un enfant à choisir cette carrière. Derrière les vêtements, le maquillage, les soirées mondaines se cache une vérité pas toujours reluisante. Le métier de mannequin en Côte d’Ivoire n’assure aucun avenir pour ces jeunes talents. Interrogés par la rédaction sur les réalités du métier qu’ils exercent, les tops ivoiriens ont répondu sans détour.

Dans le souci de préserver l’identité des mannequins qui ont témoigné, les noms seront remplacés par des noms d'emprunt.

L’inégalité des chances

« Les chances ne sont pas les mêmes. Pour être retenue à un casting, il faut appartenir à un clan. Je suis mannequin depuis 3 ans, je peux compter les fois où j’ai défilé à un événement important. Pourtant, j’ai toutes les aptitudes. Mais mon agence n’est pas connue, on ne fait pas partie des clans. On doit souffrir. » Nous a confié Evelyn, 23 ans, mannequin. Comme Evelyn, Ange-Laurent décrie le favoritisme laxant au sein du mannequinat. « Les participations aux défilés de mode, les campagnes, sont réservées à une même élite. Nous avons les mêmes atouts, nous correspondons aux critères nationaux, internationaux, mais nous ne bénéficions pas des mêmes opportunités, c’est décourageant. »

Ces affirmations traduisent les réalités du mannequinat en Côte d’Ivoire. Un métier en grande souffrance qui cache ses lacunes derrières  les beaux vêtements et les événements fantaisistes . Les inégalités de chances, la non-exposition, la rareté des défilés de mode, sont autant de facteurs défavorisant pour cette profession.

Un métier qui ne nourrit pas son homme

« Les cachets ? N’en parlons même pas, je fais ce métier par amour. Il ne pourrait même pas me permettre de payer mes factures. » Nous a lancé Bilé . « Le mois dernier, j’ai participé à un défilé pendant lequel je devais percevoir la somme de 20 000 par jour. L'événement a duré 3 jours. J’ai assuré mon transport, les frais de nourriture. Jusqu'à ce jour, je n’ai toujours pas perçu mon cachet. La responsable de notre agence nous a assurée qu’elle allait trouver une solution, nous attendons toujours. » A-t-il ajouté. Bilé n’est pas un cas isolé, nous nous souvenons d’une interview pendant laquelle un mannequin nous dévoilait que la somme de 45 000 F CFA était le plus gros cachet perçu de toute sa carrière. Pour une séance photo de créateurs, il faut compter entre 20 000 et 45 000 FCFA pour la prestation d'un mannequin, quand celui-ci n’a pas une grande côte. Pour les vedettes du milieu, les mains sont plus généreuses. Elles vont jusqu'à 100.000 FCFA l'heure.

Toutefois, quelques grandes marques comme Uniwax, s’alignent aux tarifs internationaux pour s’offrir les services de mannequins pour leurs campagnes publicitaires.

« Nous sommes sous-payés, nous nous sentons exploités, nous continuons de souffrir parce que nous espérons nous faire repérer par une agence, un chasseur de têtes, c’est ce qui nous maintient », conclut Bilé, la voix mélancolique.

Au moment où “ les beautés noires”, les profils atypiques comme ceux de la Soudanaise Adut  Akech (celle qui a porté la robe de mariée de Chanel cette année), de Melie Tiacoh (premier mannequin ivoirien à Victoria's Secret) , ou encore Halima Aden (mannequin voilée) investissent les plus grandes Fashion Weeks à travers la planète. En Côte d’Ivoire, on rêve toujours d’une agence Internationale comme porte de sortie pour entamer une carrière internationale.

Pour réaliser ce rêve, les tops confient leur vie professionnelle à des agences locales chargées de gérer leur image. A ce niveau encore, la bataille reste périlleuse. Les agences semblent avoir échoué dans leur combat. Combien de carrières ont été étouffées devant l'incapacité des agences dans leur gestion ? Combien ont vu leur chance d'intégrer de grandes agences Internationale s’évanouir devant l'appétit vorace de certaines agences locales.

Des agences incompétentes

« Grâce à Instagram, j’ai été repéré par une agence en Afrique du Sud. Je devais partir m’installer à Johannesburg. Mon agence n’a pas accepté de me laisser signer avec celle-ci parce qu’elle voulait avoir un pourcentage très élevé sur mon transfert. J’ai dû quitter l’agence des mois plus tard. Malheureusement, l’agence en Afrique du Sud ne souhaite plus collaborer avec mo. À révélé Yves-Armand.

D’autres carrières comme la sienne se sont vues hypothéquées face à l’ego démesuré de certaines agences. En plus de ces cas de figure, il y a celles qui n'exercent aucun contrôle sur la présence digitale de leurs protégés. On connaît ce mannequin qui n’a pas de compte Instagram ou Facebook, celui qui se montre dans tous les endroits chauds de la capitale ou celui est mêlé à tous les sujets à polémiques. Sans aucune censure, aucun contrôle, ni directive, ils gèrent indélicatement leur réputation.

Pourtant, ces dernières années, Internet s'est révélé comme LA plateforme incontournable des agences internationales, photographes pour chasser de nouvelles tête. Anok Yai, la nouvelle égérie L’Oréal en est le récent exemple. Photographiée à un festival en 2018, elle avait fait le tour de la toile grâce ses traits de beauté. La suite, nous la connaissons, elle est représentée par l’agence Next Worldwide. Elle a participé à la fashion week de Paris, New-York, Londres… Elle est même devenue la nouvelle égérie de la marque de beauté Estée Lauder.

Un métier à réorganiser

Les carrières de Anok Yai, Adut,  Halima Aden, Mélie Tiacoh, Adonis Bosso démontrent que la profession de mannequin peut transformer une vie. Seulement, pour y arriver, pour sortir le mannequin ivoirien de cet état de précarité, il faudrait une épuration complète et une meilleure organisation du secteur. Donner une meilleure formation aux mannequins afin de leur assurer une belle carrière à l’échelle internationale.

LIRE AUSSI >>  7 personnalités ivoiriennes qui font la mode à l’international