Interview de Noémie Lenoir : “L’Afrique a toujours inspiré les grands couturiers”

La mode Africaine !

 Interview de Noémie Lenoir : “L’Afrique a toujours inspiré les grands couturiers”

©VBOISOT

Iana SERI
Écrit par Iana SERI
Publié le 08 avril 2019 à 18h03

La mode Africaine !

Noémie Lenoir, actrice et top model française sort son premier documentaire. “Habille-nous Africa”, c’est le documentaire en deux parties qu'elle nous présente ce soir sur TV5MONDE. Il retrace les relations entre la mode et le continent Africain. Du tisserand aux créateurs, Noémie Lenoir a voulu mettre en exergue les forces et la créativité de l’Afrique. Nous avons pu l’avoir au téléphone et lui en demander plus sur ce beau projet.

Racontez nous tout d’abord comment cette aventure a-t-elle commencé? Quel a été le déclic pour vous lancer?

C’était mon projet, j’ai eu de la chance que TV5MONDE ai eu envie de me suivre.

J’ai frappé à leur porte, j’ai dit “Voilà, j’aimerais réaliser ce documentaire, est-ce que ca vous plait ?”

L'idée a tout de suite plu à monsieur Yves Bigot, lui qui a un amour infini envers le continent africain, surtout qu’on parle rarement de la mode de cette façon là.

Je l’ai fait aussi parce que ça fait 24 ans que je suis dans la mode et depuis un certain temps, j’ai remarqué que la mode africaine était en vogue donc j’ai voulu aller à l’origine et interviewer les gens, ceux qui travaille là bas et qui font vivre la mode en Afrique.

Je suis partie au Cameroun, en Côte d’Ivoire au Sénégal et on a fini par un photoshoot à Dakhla au Maroc.

Dans mon documentaire, je parle du coton parce que sans coton, on a pas de vêtements. Il y a des dizaines d’usines de coton qui ont fermé au Cameroun et des milliers de personnes qui ont perdu leurs emplois, c’est pour ça que je suis partie visiter une usine désaffectée de coton.

 J’ai été chez des tisserands, j’ai aussi interviewé des designers de toutes les générations et qui pensent la mode de façons différentes.

J’ai vraiment voulu avoir un fil conducteur et ne pas montrer une façade de l’industrie de la mode. Montrer aussi ce que la mode peut engendrer, c’est à dire, des emplois.

Quel a été le moment le plus marquant du tournage?

Chaque personne que j’ai rencontré m’a appris et m’a marqué parce que tous ont une envie et ont la niaque. Ils ont vraiment envie de faire parler d’eux et de tous les problèmes qu’ils peuvent rencontrer.

En tant que mannequin pendant 24 ans en Europe et aux Etats-Unis, je n’avais jamais vu les problèmes de fonds qu’il peut y avoir dans cette industrie et là bas, j’ai vraiment appris à aimer les choses de façon différente, avec une plus grande ouverture d’esprit.

C’est difficile à expliquer avec des mots parce que c’est plutôt un ressenti. J’avais envie de montrer une autre facette de la mode.

Vous avez rencontré certains créateurs du continent, avez-vous eu un coup de coeur?

C’est Alexandra N’Gan, auteur également du documentaire, qui m’a fait découvrir certains jeunes designers comme Loza Maléombho, Selly Raby Kane, je connaissais déjà Alpha Di et Pathe’O et j’aime chacune de leurs créations parce qu’ils utilisent leur imagination mais, en intégrant la culture africaine.

Ils s’inspirent de leur culture ancestrale alors que la “mode” et la culture de la “mode” commence plutôt au temps colonial, donc ils m’ont vraiment appris beaucoup de choses.

C’est d'ailleurs ce que je mets en avant dans mon documentaire. Beaucoup de gens qui l’ont déjà vu me disent : “Noémie on a tellement appris.” et je leurs réponds que moi aussi en le faisant, j’ai également appris.

En Afrique, on dit souvent qu’il nous manque du savoir-faire dans certains domaines, est-ce que c’est aussi vrai selon vous pour l’industrie de la mode?

Au contraire, ils ont des savoir-faire ancestraux qui se transmettent depuis la nuit des temps avec des tissus comme le Ndop ou le Kenté. C’est pour ça que je vais dans ce village de tisserands pour montrer cette technique qui est transmise de génération en génération. Les voir fabriquer ces tissus c’est extraordinaire.

Donc non, avec mon documentaire, je montre tout le contraire de cela.

L’Afrique a toujours inspiré les grands couturiers à commencer par les couturiers français comme monsieur Yves Saint Laurent. Je commence mon documentaire d’ailleurs avec monsieur Jean-Paul Gaultier qui nous dit qu'il a été inspiré par l’Afrique car quand il y est allé, il a vu des choses extraordinaires qu’il a voulu les mettres dans ses défilés.

Donc la mode Africaine a toujours inspiré.

LIRE AUSSI >> Beyonce s'associe à Adidas pour relancer sa marque Ivy Park

Affiche HNA Noemie Lenoir

©VBOISOT

Après avoir visité ces trois pays et toutes ces fabriques de vêtements, quel est le tissus africain que vous affectionnez le plus?

Ce qui m’a vraiment plu, c’est la signification de chaque tissus. J’ai appris aussi que chaque tissus à une histoire différente.

Par exemple, le Kenté, il peut s’imprimer avec différents dessins qui ont différents noms et  significations.

Cela en fait des tissus rares. Et c’est quand même exceptionnel d’avoir une pièce unique.

Que pensez-vous qu’il manque à l’Afrique de l’Ouest pour devenir une véritable plaque tournante de la mode dans le monde?

Il manque déjà une bonne infrastructure. Quand vous savez que le coton est à 95% exporté, c’est déjà un premier problème. Pour moi, il faut rouvrir les usines de coton et  recommencer à en fabriquer. C’est vraiment toute l’infrastructure qu’il faut reconstruire, partir du coton et après savoir exporter.

Il faudrait également que l’Afrique consomme Africain. Ce n’est pas que l’Europe et les Etats-Unis qui doivent changer leurs visions de la mode en Afrique, c’est aussi aux Africains de voir ce qu’ils représentent et ce qu’ils ont chez eux.

Bien sûr, ce n’est pas à moi française, ayant grandi en banlieue parisienne et vivant maintenant à Paris qui peut en parler.

C’est pour ça que dans mon documentaire, je laisse beaucoup la parole aux gens. Je n’ai rien à dire, je dois les laisser parler, exprimer ce qu’ils ressentent.

Quelle ville avez-vous préféré visiter Abidjan, Dakar ou Douala et pourquoi?

Je n’ai pas de préférence.

Depuis que j’ai commencé aussi on me demande : “Qui est ton designer préféré?” Je n’en ai pas. Pour les stylistes, c’est pareil.

Chez Selly Raby Kane je suis tombée amoureuse du sac à main que vous verrez dans le documentaire. Chez Loza Maléombho, c’est une robe près du corps avec des franges que j’ai aimé. Chez chaque designer, on peut trouver une pièce qui va nous plaire et je pense que c’est pareil partout.

Serez-vous enthousiaste à l’idée de faire un “Habille-nous Africa” partie 3? Pensez-vous qu’il y a davantage à montrer?

Il y a tellement de choses à montrer. Je pense que deux documentaires ce n’est pas suffisant pour montrer tout ce qui se passe là bas.

Je l’ai fait, j’y ai mis tout mon coeur, deux années entière et j’aimerai voir les retours qu’on aura.

J’espère juste arriver à changer les esprits, que les gens se fassent leurs propres opinions. Si ça a bien fonctionné, peut-être que j’en ferai d’autres.

Ce qui est sûr, c’est que sur le continent Africain, il y a d’autres pays et d’autres choses à montrer.

Que retenez-vous de cette expérience? Avez-vous envie de vous y installer?

Je suis tout le temps en Afrique. Le problème c’est qu’à Paris j’ai ma maman (rires). Je suis très attachée à ma famille. J’aime tellement ce continent et les pays que j’ai visité, j’en suis vraiment amoureuse.

Vous avez été mannequin, actrice, maintenant un peu journaliste, quelle est votre prochaine étape?

Dieu seul sait, je suis maman aussi, c’est un métier il ne faut pas l’oublier (rires).

Pour l’instant, je me remets dans la mode, je viens de signer dans une agence qui s’appelle Next, donc on verra, je suis plutôt quelqu’un qui vit au jour le jour.

Pour le voir en replay :Documentaire : "Habille-nous Africa"

LIRE AUSSI >> Femmes à suivre : Interview Sarah Diouf figure incontournable de la mode Africaine