5 questions au créateur Imane Ayissi

Le luxe en Afrique !

5 questions au créateur Imane Ayissi

© Lago 54

Lafalaise Dion
Écrit par Lafalaise Dion
Publié le 27 janvier 2018 à 15h28

Le luxe en Afrique !

Après une grande carrière de danseur, puis de mannequin, Imane Ayissi se retrouve rattrapé par sa passion première, la création de mode, Imane Ayissi se lance dans cette industrie. Depuis 2013, il imagine et conçoit des pièces de prêt-à-porter de luxe. Son talent lui a même valu une participation à la Fashion Week Haute Couture de Paris en juillet 2017. Présent au Luxury Connect Africa à Paris, nous lui avons posé 5 grandes questions.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis né à Yaoundé au Cameroun. J’ai été attiré par la mode très jeune, et j’ai commencé à travailler pour un styliste camerounais. En même temps, j’avais commencé la danse en intégrant la troupe de danse familiale qui est très connue au Cameroun. Cela m’a permis de voyager et je suis venu en France avec Yannick Noah comme danseur pour une de ses tournées. Je me suis installé à Paris et j’ai travaillé avec différentes compagnies de danse, en particulier avec celle de Patrick Dupont (un danseur de l’Opéra de Paris très célèbre en France et au Japon). Parallèlement, j’ai commencé une carrière de mannequin qui m’a permis de défiler pour les grandes maisons de Couture et les créateurs parisiens (Yves Saint-Laurent, Claude Montana, Issey Miyake… Etc). Et en Italie, j’ai participé à des campagnes de publicité pour Gap. J'ai notamment travaillé avec des photographes sur des projets plus artistiques. Mon amour de la mode étant toujours aussi fort, j’ai commencé à dessiner et faire fabriquer des collections, vendues au début seulement sur commande et sur-mesure à quelques clientes particulières. Depuis 2013, j’ai décidé de développer des collections qui comprennent à la fois des pièces Couture toujours vendues sur commande sur-mesure, et des pièces de prêt-à-porter de luxe pour femme ainsi qu’une ligne plus réduite pour homme.

Comment de la danse et du mannequinat arrivez-vous à la mode ?

Mon intérêt pour la mode a commencé avant la danse et le mannequinat, mais le mannequinat m’a réellement permis de rentrer dans l’industrie de la mode. J’ai travaillé aussi comme mannequin cabine pour les "fittings" de collection donc j’ai pu observer comment se construit une collection, prendre conscience l’importance de la coupe, des finitions. Comprendre l’organisation d’un défilé, le rôle de la communication… Etc. Pour moi qui n’ai pas étudié le stylisme, ça a été une formidable école. Le lien avec la danse est peut-être moins évident, mais pour moi, c’est très proche, il s’agit dans les deux cas de sublimer le corps humain tout en racontant des histoires. Pour moi, ce sont deux disciplines situées dans la même sphère culturelle.

Qui est la femme qui porte du Imane Ayissi ?

Il n’y a pas une seule femme, mais des femmes toutes singulières, toutes différentes. J’ai des clientes qui viennent du monde entier, du continent africain, mais pas seulement : de Suisse, d'Allemagne, de Chine, du Japon. En revanche, je pense qu’elles ont toutes en commun une grande ouverture d’esprit sur le monde, de la curiosité pour différentes cultures, l’amour des belles choses faites avec soin et qui sont liées à un ensemble de valeurs qui racontent ces choses. Et elles veulent être de leur époque, mais différentes, uniques, pas simplement dans la tendance mainstream.

Pensez-vous que le marché du luxe à un avenir en Afrique ?

Oui bien sûr, le continent africain représente un très vaste marché, avec à la fois de très grosses fortunes, mais surtout le développement d’une classe moyenne urbaine, qui peut voyager et qui est complètement ouverte sur le monde. Le pouvoir d’achat, la volonté de se singulariser et la curiosité pour les nouveautés vont se développer, ce qui est parfait pour le développement des marques de luxe. Le seul problème, c’est que ce marché risque de bénéficier surtout aux marques de luxe occidentales, en particulier françaises et italiennes qui sont très puissantes, avec une force de frappe marketing considérable.

Selon-vous, comment pourrait-on positionner le luxe en Afrique pour inciter les africains à porter et consommer les marques de leur continent ?

Je pense que ça passe par la culture, je dirais par la réappropriation culturelle. Il faut que les peuples africains redécouvrent la richesse de leur culture, revalorisent leur artisanat, mais en l’adaptant aux standards de qualité internationaux. Une cliente de Dior, qu’elle vive à Lagos ou à Londres, une fois qu’elle est habituée au niveau de finitions et de qualité de Dior, peut parfaitement être attirée par des inspirations africaines, ou des tissus artisanaux africains, mais elle n’achètera ces produits que si elle retrouve le même raffinement dans la fabrication. Cela passe donc par des formations pour nos artisans et nos couturiers, peut-être des collaborations avec des marques occidentales pour observer leur travail et la façon dont elles produisent.

Cela dit, à court terme, je pense, malheureusement, que les premières marques de luxe africaines qui seront consommées en Afrique seront celles qui auront réussi à se faire reconnaître comme marques de luxe sur d’autres marchés, ailleurs qu’en Afrique.

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