5 questions à Laduma Ngxokolo sur le luxe made in Africa

Le luxe en Afrique

5 questions à Laduma Ngxokolo sur le luxe made in Africa

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Écrit par ELLE.CI
Publié le 09 février 2018 à 18h51

Le luxe en Afrique

Laduma Ngxokolo est un designer Sud-Africain qui est notoire pour l'utilisation du tricot dans ses créations d'inspiration Xhosa. Échange avec Laduma Ngxokolo sur l'industrie du luxe en Afrique et son avenir à l'occasion du Luxury Connect Africa qui s'est déroulé à Paris.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de travailler la laine ?

Il s'agit plus de l'influence de l'héritage, de mon environnement familiale, ma grande soeur Tina était une amoureuse de la mode et ma défunte mère était styliste dans les années 80 pendant l'Apartheid : cela n'a pas aidé à révéler son talent. Le lycée que j'ai fréquenté proposait une filière sur le design et les arts graphiques, et je l'ai choisie. Quand je suis parti à l'université, j'ai décidé de faire de la création textile.

Ces dernières années, quelles évolutions avez-vous observé sur le marché des produits de luxe africains ?

Au cours de ces dernières années, l'un des changements majeurs est le fait que les gens ont commencé à être plus créatifs et à utiliser leur héritage culturel pour créer leur propre ADN pour leur marque. L'autre évolution est la manière de présenter les produits par les marques de luxe. J'ai aussi remarqué que les marques développaient un style de vie comme une extension de leur marque. Les produits sont devenus plus raffinés et d'une superbe qualité. Les produits sont disponibles plus que jamais et concurrencent sur les autres marchés. Le temps de l'Afrique, c'est maintenant. Nous avons tellement à offrir entre les motifs inédits, l'esthétique et les histoires à raconter.

Maxhosa black panther
Les acteurs John et Atandwa Kani habillés en Maxhosa par Laduma pour l'avant-première mondiale à Hollywood.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune créateur qui se lance dans l'industrie du luxe en Afrique ?

Ce que je donnerais comme conseil aux futurs et actuels créateurs est de faire tout leur possible pour s'exprimer. Ne pas essayer d'impressionner les gens parce que si vous créez pour impressionner les autres, vous vous perdrez en quelque sorte. Par contre, si vous créez pour vous exprimer et transmettre ce que vous ressentez vraiment, vous impressionnez les gens en étant vous-même. Autre chose, formaliser votre business est un bon départ. Il faut être persévérant et écouter vos idées, c'est une industrie en constante évolution qui nécessite de la concentration. Pour chercher de l'inspiration, je voyage beaucoup, cela m'aide à avoir une meilleure vision du monde qui nourrit mes designs et mes idées.

Imane Ayissi pense que « les premières marques de luxe africaines qui seront consommées en Afrique seront celles qui auront réussi à se faire reconnaître comme marques de luxe sur d’autres marchés, ailleurs qu’en Afrique.». Êtes-vous d'accord ?

Non, pas du tout. En observant les évolutions qui se sont déroulées en Afrique, je ne peux pas être d'accord. Il y cinq ans, c'était le cas, les gens voulaient une sorte de validation à l'étranger avant de considérer qu'une marque était luxueuse. Mais maintenant, les gens en savent plus sur le luxe, la qualité et ils peuvent faire la différence entre une marque de luxe et une qui ne l'est pas, qu'elle sot populaire à l'étranger ou pas.

Comment visualisez-vous l'avenir du luxe en Afrique ?

Je vois l'Afrique et ses créateurs créer leurs propres ADN ce qui stimulera de l'attrait sur le marché du luxe. Je vois le luxe africain prendre le devant de la scène, devenir un secteur lucratif qui pourra employer beaucoup de gens dans différents pays d'Afrique. Je crois que le luxe en Afrique va changer la façon dont les vêtements sont consommés, la plupart des produits de luxe sont également adaptés à une utilisation fonctionnelle. Alors que le monde change, l'Afrique est consciente de la durabilité et de la façon de créer des articles de luxe qui aident également l'environnement. Je dirais donc que l'avenir du luxe en Afrique est dans la durabilité des produits.