Femmes à suivre : Christelle Vougo, l'amoureuse de la cuisine

Une success-story ivoirienne

Femmes à suivre : Christelle Vougo, l'amoureuse de la cuisine

©Charlie Kodjo

Mouasso Angui
Écrit par Mouasso Angui
Publié le 14 avril 2017 à 04h30

Une success-story ivoirienne

Christelle Vougo, nous l’avons rencontrée au FEEF deux semaines avant qu’elle ne remporte plusieurs prix aux Abidjan Restaurant Awards. Nous avons été tout de suite inspirés par son parcours, sa résilience et sa passion mais surtout séduits par cette femme de l’ombre et talentueuse qui a tellement de choses à conter. Copropriétaire avec son époux de trois des restaurants (Saakan, Norima  et Le Mondial) les plus appréciés de la capitale ivoirienne, Chef Christelle Vougo a vu son travail être officiellement reconnu et primé. Nous sommes allés à la rencontre de celle que nous considérons comme une championne culinaire. Découvrez la femme qui se cache derrière ce succès fulgurant.

Vous avez remporté plusieurs prix aux Abidjan restaurant Awards, quel est votre sentiment face à ce succès ?

Pendant les premières heures, On était hyper heureux, fiers et reconnaissants ! On a fait la fête avec les équipes, et après l’euphorie, le stress a repris le dessus en force. On s’est dit tout le monde viendra à partir de demain comprendre pourquoi nous sommes “numéro 1”, et il faudra être au point. C’est pareil pour les autres restaurants que nous avons, les gens feront plus attention et seront plus critiques. Ce qui implique de redoubler d’efforts, d’élever le niveau… Pour les compétiteurs que nous sommes, on se dit qu’on est sur la voie et qu’il nous faut plus de nominations l’an prochain, plus de prix. En somme, il faut désormais mettre les bouchées double et être à fond dans le boulot !

Qu’espérez-vous que cela apporte à votre carrière ?

Au niveau de notre entreprise, ces prix nous crédibilisent vraiment auprès de nos collaborateurs, on leur a tellement transmis le "winner’s spirit", on leur a souvent  répété que seul le travail paie, et voilà que finalement sans qu’on ne s’y attende spécialement, il y a toute cette reconnaissance aujourd’hui. Grâce au jury des restaurants Awards mais aussi aux votes des abidjanais, nous en sommes là aujourd’hui.

Personnellement, j’espère que ces prix nous mettent “on the map” comme j’aime le dire, qu’ils nous apporteront encore plus de visibilité. L’on peut avoir le meilleur restaurant, la meilleure cuisine, mais si on n’est pas médiatisé, on reste juste un bon petit restaurant de quartier,  j’espère que ces prix nous permettront de “sortir du quartier”.

D’où vous vient votre passion pour la cuisine ?

De ma mère, je ne le dis pas pour faire cliché, mais ma mère cuisine très très très bien. Et quand on grandit dans une maison dans laquelle tous les repas sont savoureux et qu'on apprend à préparer très jeune dans un tel environnement, ça formate.

Étudiante déjà, mes colocataires d’origines différentes étaient à chaque fois conquises par ma cuisine. Je réalise maintenant, que même avant de travailler dans la restauration,  ma cuisine plaisait énormément.

Qu’est-ce qui a motivé la création de vos différents restaurants ?

Quand on quittait les Etats-Unis, on se disait qu’on rentrait pour être les meilleurs, mais une fois sur place, la réalité nous a rattrapés. Nous étions bons et mentalement très forts, mais notre premier restaurant Norima était très loin d’avoir le local, le matériel, et l’expérience nécessaires pour faire partie des meilleurs.

Aussi, nous étions très frustrés de n’être perçus que comme de simples faiseurs de burgers alors que nous avions un gros potentiel. Malheureusement, la conception à l’époque que pas mal de gens avaient de la cuisine américaine, ne pouvait pas nous permettre d’entrer dans la cour des grands. Alors on s’est dit qu’on devrait peut-être s’attaquer à la cuisine locale, c’est ainsi que nous avons ouvert Saakan, et les autres ont suivi.

En résumé en Côte d’Ivoire, la cuisine américaine classique ne pouvait pas nous hisser au top mais avec de la volonté et cette mentalité américaine que nous avons, nous y sommes désormais !

        « Personne ne croyait en notre projet, pour les uns et les autres, nous aurions dû rester aux USA, nous avions  échoué à leurs yeux… »

Dans votre parcours d’entrepreneure culinaire, quelle a été la plus grande difficulté ?

Je n’en parle pratiquement jamais. En 2010, nous sommes contraints de fermer The Avenue, notre beau restaurant dans le centre des affaires de Atlanta à cause de la crise financière que traverse les Etats-Unis. La situation est chaotique. Les enfants nous devancent en Afrique chez mes parents, ce fut très douloureux.  Frank trouve un petit boulot de serveur et moi un boulot de cuisinier dans un petit restaurant dans un ghetto de Atlanta, c'est la récession les boulots étaient rares. Nous sommes ensuite embauchés dans un restaurant français -“Violette”- comme serveurs. Pendant ce temps, la banque nous reprend la maison, les voitures et ainsi de suite. Après une année, nous rentrons à Abidjan chez nos parents, avec très peu d’économies.

Revenir chez les parents, au point zéro n'était pas évident. Personne ne croyait en notre projet, pour les uns et les autres, nous aurions dû rester aux USA, nous avions échoué à leurs yeux...

Quelques semaines plus tard la guerre éclate en côte d’ivoire et assassine nos économies. C’est presque par miracle que nous ouvrons Norima, les boissons et les ingrédients en cuisine arrivent la veille de l’ouverture par manque d’argent, tous les entraînements d’exécution du menu et des cocktails avaient été théoriques, il fallait que Norima marche dès le premier jour. Et tout doucement, les choses ont pris une meilleure tournure.

Qu’est-ce qui fait la singularité de votre cuisine ?

Je privilégie le goût.  Les techniques de cuisson et de dressage doivent servir à mettre en valeur le goût. Pas l’inverse.

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©Charlie Kodjo

Qu’est-ce qui inspire votre cuisine ?

Le fait que je sois moi-même gourmande (rires) et curieuse de toutes les cultures. J’aime le goût. Il y a également mon ouverture d’esprit apportée par mes expériences de la vie aux USA. Je me suis familiarisée aux cuisines coréenne et indienne avec mes colocataires sur le campus, les farmers Market et leurs ingrédients de toutes origines, les super shows télévisés culinaires, la vie de tous les jours, les voyages, les expériences aussi.

Mais au fond quand on est passionné par ce que l’on fait, la moindre petite chose devient une source d’inspiration.

Votre époux est également votre associé, comment trouvez-vous l’équilibre entre vie de couple et business ?

Pour être honnête, on n’a pas de recette magique pour cela. Nous prenons les choses comme elles viennent et cela fait maintenant 12 ans que ça dure. Si je n’ai pas envie de le voir, je vais dans un restaurant différent (rires). Quand on traverse une période stressante au boulot, on s’échappe rapidement, on se crée des vacances. On communique énormément, ça aide à mieux vivre, à s’en sortir.

Quels sont avantages et risques à travailler au quotidien avec son conjoint ?

Déjà, nous avons les mêmes centres d’intérêt, ça fait toute la différence ! Par ailleurs, nous communiquons énormément, nous parvenons à prendre de bonnes décisions, parce qu'on peut passer des heures à parler d’un projet, à peser le pour et le contre... Pour nous, c’est tellement devenu normal qu'on ne considère même plus cela comme du travail.

Le seul bémol,  c’est que lorsqu’il devient fainéant,  je ne peux pas le virer (rires).

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©Charlie Kodjo

Quels sont vos projets à venir ?

Nous allons avoir notre troisième enfant ! C’est le plus grand projet du moment.

Nous sommes aussi en train de faire des travaux pour agrandir Norima, notre premier restaurant. On verra la suite, mais pour l’instant c’est déjà pas mal, non ? (rires)

Quel est votre leitmotiv ?

Ne jamais accepter ce qui n'est pas normal, aspirer à l’extraordinaire.

Si vous deviez donner un conseil à nos lectrices, lequel ce serait ?

Il faut constamment se remettre en cause et chercher à se surpasser.

Quelles sont les femmes qui vous inspirent ?

Ellen Degeneres, Oprah Winfrey et Michelle Obama.

Avez-vous d’autres passions à part la cuisine ?

Euuuuh…Je crois que non !