Hair(Her) story : pourquoi je n'aime pas le terme "Nappy"

Cheveux et acceptation de soi

Hair(Her) story : pourquoi je n'aime pas le terme "Nappy"

© Ayika'a - Cindy Babin

Cindy Babin
Écrit par Cindy Babin
Publié le 17 Novembre 2017 à 10h24

Cheveux et acceptation de soi

Cindy Babin est la fondatrice de l'association Ayika’a qui se bat pour la valorisation de toutes les beautés et contre l'uniformisation des standards de beauté. Aujourd'hui, elle prend la parole sur le mouvement nappy, ses aspects positifs et ses travers. Grâce aux cheveux, Cindy Babin nous livre une tribune sur l'acceptation de soi et la tolérance.

Certaines femmes noires font le choix de se défriser les cheveux. Soit car elles les trouvent plus esthétiques que les cheveux afro, soit parce qu’elles ont envie de changer de tête. Autant il convient de respecter ce choix car chacun est libre de faire ce qu’il veut de son apparence physique, autant il est dommage que certaines aient recours à cette technique car elles n’assument pas leur texture naturelle.

Le défrisage kesako ?! Il s’agit d’une technique chimique qui permet de modifier la texture des cheveux bouclés, frisés ou crépus afin de les rendre plus ou moins raides. Très agressif pour les cheveux naturels, ce procédé peut également dans certains cas avoir des conséquences graves sur la santé.

Pourtant, cette pratique est encore bien présente, notamment en Afrique malgré le phénomène Nappy (terme que je n’aime pas, mais nous y reviendrons). En effet, la plupart des femmes africaines n’assument pas encore leur cheveu naturel, bien que comme je le disais précédemment, certaines décident de se défriser les cheveux simplement pour changer de tête, et portent d’autres jours leur cheveux afro sans complexe.

« [...] j’ai toujours eu un peu de mal avec le terme «Nappy ». Tout d’abord, car ce terme manque de clarté. Par exemple, pour moi avoir les cheveux naturels est normal et ne justifie pas d’être nommé, puisque ça a toujours été mon cas. »

Depuis quelques années, nous observons en Europe l’émergence de la tendance « Nappy », qui signifie « Natural and happy ». Ce mouvement de retour aux cheveux naturels, est né au sein de la communauté Afro américaine. Il s’agissait pour les femmes et les hommes afro descendants de revendiquer leur origine Africaine. Le mouvement a fini par s’étendre à la France, aux caraïbes et en Afrique. Simple effet de mode ou véritable révolution ? Pour beaucoup de femmes qui se revendiquent « Nappy », il ne s’agit pas uniquement d’un choix esthétique, mais d’une prise de conscience réelle et une manière de s’aimer et de s’assumer en tant que femme africaine, dans une société occidentalisée où beauté rime souvent avec « blancheur et les cheveux lisses ».
 
Cependant, j’ai toujours eu un peu de mal avec le terme «Nappy ». Tout d’abord, car ce terme manque de clarté. Par exemple, pour moi avoir les cheveux naturels est normal et ne justifie pas d’être nommé, puisque ça a toujours été mon cas. Je trouve positif et sain de s’assumer tel que l’on est, mais je trouve que cette place donner aux cheveux, est exagérée.

Á ce propos, j’aimerais partager avec vous une petite anecdote. Il y a quelques années, j’ai posté sur Facebook un statut qui avait fait polémique. Le message était le suivant : « Être Nappy, c’est devenu une mode ? ça ne va pas à tout le monde ... » .
 
Je vous laisse imaginer le débat houleux qui s’en est suivi, entre les « pro nappy » et les « anti nappy ». Je conçois parfaitement que mes propos aient pu être mal perçus, mais ce que je souhaitais mettre en avant, sans doute maladroitement, c’était le fait que le « big chop » (le fait de se couper les cheveux très courts, voire de se les raser pour retrouver lors de la repousse son cheveu naturel) n’allait pas à tout le monde. En effet cela dépend de la morphologie du visage, ce que n’importe quel coiffeur visagiste pourra confirmer.

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Certaines femmes porteront le cheveu naturel en afro superbement, tandis que d’autres seront magnifiques les cheveux rasés. Mais après tout, chacune fait ce qu’elle veut de son apparence et encore heureux, le plus important étant d’avoir confiance en soi.

Si j’ai pris cet exemple, c’est pour mettre en avant l'ambiguïté du terme Nappy qui peut être interprété de manière erronée par certains, et peut même être perçu comme une « secte ». Utiliser les termes « Cheveux Afro », ou simplement « cheveux naturels » est plus clair et évite beaucoup de malentendus.

 Lorsque l’acceptation de soi se meut en intolérance de l’autre

 
La seconde raison qui me fait ne pas aimer ce terme est l’émergence de certaines femmes qui se définissent « nappy » que je qualifierais d’extrêmes, au point que certains en Côte-d’Ivoire les surnomment les "nappy nazis". La "nappy Nazi" c’est celle qui ne tolère pas que d’autres femmes choisissent de se défriser ou de porter des extensions.

Cette attitude doit cesser ! Pour pouvoir être respectées à notre juste valeur dans les médias, surtout en occident, nous devons être solidaires et tolérantes entre nous. J’ai tendance à penser que nous sommes responsables de notre propre malheur. Je porte à 95% du temps mes cheveux naturels, et pourtant, si une de mes collègues décide de porter des extensions, ou de se défriser les cheveux, je ne vais pas la critiquer. En pensant lui faire changer d’avis, je finirais par l’écœurer. Pourquoi ne pas plutôt essayer de lui faire apprécier ses cheveux naturels en lui montrant des exemples de coiffures qui pourraient lui aller, comment les entretenir. Traiter ces femmes de « vendues » est absolument contreproductif.

De plus, pourquoi les femmes noires devraient être stigmatisées pour une pratique esthétique, en usage dans toutes les cultures du monde. Il y a des femmes blanches qui portent des extensions, qui se font des tresses, des colorations et même des traitements chimiques qui dénaturent leur texture. Personne ne se permettrait de dire qu’elles rejettent leurs origines ou qu’elles ne s’assument pas pour autant.

Ce retour massif aux cheveux naturels, fonctionne bien au sein des communautés noires en France, et dans les caraïbes. En Afrique, en revanche, le phénomène reste trop minoritaire. Les femmes qui décident de revenir aux cheveux naturels, appartiennent souvent à la classe moyenne et supérieure mais rarement voire jamais à la classe populaire.

Cheveu naturel ou cheveu défrisé : Une affaire de classe ?

Mes amies qui ont décidé de revenir aux cheveux naturels, sont issues de milieux [...]

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