Hair(Her) story : cheveux, sexisme et racisme internalisé

Sexisme et racisme internalisé

Hair(Her) story : cheveux, sexisme et racisme internalisé

© Ayikaa - Cindy Babin

Cindy Babin
Écrit par Cindy Babin
Publié le 24 novembre 2017 à 09h25

Sexisme et racisme internalisé

Il y a une semaine, Cindy Babin parlait d’acceptation de soi et de cheveux dans la tribune « pourquoi je n’aime par le terme nappy ». Voici la suite où la créatrice aborde les sujets du sexisme et du racisme internalisé.

 

Pour vous montrer la place importante qu’est celle du cheveu dans certaines sociétés et surtout en Afrique, je vais vous parler d’une règle instaurée dans le système scolaire ivoirien. A partir de la 6ème, la plupart des écoles ivoiriennes obligent les filles à se raser la tête et ce jusqu'à la 2nde. La raison ? Avoir des cheveux empêcherait à ces jeunes filles de se concentrer sur leur travail, puisqu’elles passeraient alors plus de temps à s’occuper de leurs cheveux que d’étudier. Je trouve cette idée aussi ridicule que nocive pour ces jeunes filles en passe de devenir des adolescentes, une période assez capitale et pour lesquelles un rapport sain et bienveillant envers leur corps est important pour leur estime de soi et le développement de leur personnalité.

« Toute accentuation de la féminité doit donc être découragée, ainsi il vaut mieux retirer à des jeunes filles la chance de choisir ce qu’elles font de leurs cheveux. »

Puis, Qu’est-ce qu’on veut nous faire comprendre derrière cette règle ? Certainement, l’idée sexiste qui cherche à tout prix à masquer tout attribut féminin trop voyant (car les cheveux sont culturellement très liés à la féminité, à la sensualité). Toute accentuation de la féminité doit donc être découragée, ainsi il vaut mieux retirer à des jeunes filles la chance de choisir ce qu’elles font de leurs cheveux. Tout écart qui résulterait d’un choix propre et assumé, ou pire d’un amour de soi, doit être réprimé chez la jeune fille noire. Ces règles encore en usage de nos jours dans certaines écoles en Afrique, privent des jeunes filles du droit de disposer de leur apparence, tandis qu’au même moment, les garçons ne subissent aucune restriction. J’imagine que pour certains, être une femme s’arrête donc à faire la belle « sois belle et tais toi », voilà ce que je retiens de cette règle. Comme si féminité et études ne faisaient pas bon ménage. Des femmes féminines, intelligentes et qui osent entreprendre, il y en a énormément.

 

Je crois que le PIRE dans cette règle, c’est que les jeunes filles métisses et blanches, elles, ont dans certains établissements le droit de garder leurs cheveux avec juste dans certains cas l’obligation d’en réduire la longueur. Je m’en souviens car petite, j’ai effectué un passage éclair dans le système ivoirien. En tant que métisse, j’ai bénéficié de cette « chance », moi qui avait les cheveux jusqu’au bassin, j’ai eu juste à les couper jusqu’au milieu du dos.

« [...] cette habitude de privilégier les jeunes filles métisses et blanches, appliquée dans certains établissements ivoiriens, c’est élever des générations de jeunes femmes noires avec l’idée qu’elles sont inférieures à leurs camarades. »

Ce « privilège » me vient de l’importance que le système accorde au “sang blanc”. En revanche, mes camarades noires avec des cheveux crépus ou défrisés, étaient contraintes de se raser. Voilà les conséquences du racisme internalisé en Afrique, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît pour l’image que les jeunes femmes ont d’elles-mêmes. En Afrique, on dit souvent des métisses qu’elles sont hautaines. Les mettre constamment sur un piédestal, du fait de leur ascendance blanche, ne doit pas aider et c’est donc totalement logique que certaines se sentent supérieures. Voilà comment un système parvient à convaincre certaines jeunes filles qu’elles ont moins de valeur que d’autres, du fait de leurs origines ethniques et des attributs physiques qui y sont associés. Après une semaine dans ce lycée, ma mère a pris la décision me retirer de ce système de peur que je ne prenne la grosse tête et développe un complexe de supériorité, injustifié. Aujourd’hui je l’en remercie, car cette habitude de privilégier les jeunes filles métisses et blanches, appliquée dans certains établissements ivoiriens, c’est élever des générations de jeunes femmes noires avec l’idée qu’elles sont inférieures à leurs camarades. C’est les conditionner à rejeter leur sang noir pour se conformer au modèle valorisé autour d’elles : "l’idéal caucasien".

 

Ce n’est pas nos cheveux le problème, c’est ceux qui ont décidé d’en ignorer les spécificités

Revenons de l’autre côté du globe, en Europe, essentiellement en France, malgré le grand retour du cheveu naturel dans la communauté afro et métissée, le porter peut poser problème dans certains milieux comme [...]

 

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